Dans mon premier article concernant mes expériences spirituelles, je vous racontais un petit peu comment le Chamanisme est arrivé dans ma vie et mes ressentis après mes premières prises de râpé, un mélange de tabac et autres plantes broyées qui permet d’atteindre une relaxation intense et un état de conscience modifié.

Cette fois, je vous emmène avec moi dans trois voyages intérieurs un peu plus profonds et plus intenses. Tout d’abord lors de ma cérémonie de Wachuma et ensuite lors de mes deux voyages avec l’Ayahuasca.

Si vous ne comprenez pas tous les termes, je vous invite à relire mon premier article où j’explique rapidement ce qu’est la Wachuma et l’Ayahuasca. Ce que vous allez lire ci-dessous est vraiment la suite du premier épisode.

Évidemment, ici aussi je ne détaille absolument pas toutes mes visions, ne vous fais pas part de toutes mes intentions, mes prises de conscience, mes ressentis, car c’est très personnel. C’est pour cela qu’il est difficile de faire un bilan de « ce que j’ai appris grâce à l’Ayahuasca ». Car ce que moi j’ai appris sera sûrement totalement différent de ce que d’autres auront appris et de ce que d’autres pourront apprendre. Nous avons tous une Histoire différente. Impossible donc de généraliser.

J’essaie juste de vous en donner le maximum (et j’espère que vous pourrez tout comprendre et que je serai assez précise sur certaines notions) pour peut-être vous faire découvrir un monde nouveau, planter une graine, pour que vous vous posiez des questions, pour vous donner envie de vivre une nouvelle expérience, chercher ailleurs ou juste vous faire passer le temps dans le bus ou le métro…

Et si tout n’est pas clair ou si vous avez 1 ou 1000 questions à me poser suite à votre lecture, c’est avec grand plaisir que je ferai de mon mieux pour y répondre avec transparence et honnêteté.

CÉRÉMONIE DE WACHUMA – PÉROU

JUIN 2018 – Cusco

Ce matin quand je me lève, ma décision est prise. J’arrête tout. Tout médicament. Adieu à cette pilule contraceptive que je prends depuis presque 10 ans. Adieu à ces hormones chimiques que je ne veux pas dans mon corps.
Cela fait des années que je souhaite arrêter la pilule, mais j’ai une peur bleue qu’en l’arrêtant, l’acné qui me déformait le visage il y a quelque temps revienne en force. J’ai une peur bleue, mais tant pis. C’est ça mon corps. Ce sont ses messages. À partir d’aujourd’hui, je veux me tourner en premier vers des méthodes, des traitements naturels. Utiliser le moins possible les poisons que nous vend l’industrie pharmaceutique. Le processus est entamé, ça y est. J’envoie un message à D. pour lui faire part de la nouvelle.
(D. est le français à Cusco qui anime des cérémonies de Wachuma et qui m’a présenté le Chaman avec qui j’ai pris pour la première fois du râpé.)

« J’ai arrêté. Fini les médocs. Je veux éviter cela le plus possible à présent. »

Il est également important pour les cérémonies d’Ayahuasca ou de Wachuma de ne pas prendre de traitements chimiques à ce moment-là. Cela interférerait avec le traitement naturel des plantes.

Sa réponse me fait sauter de joie.

« Super. De mon côté, c’est bon aussi. J’ai un groupe qui s’est formé. RDV dimanche pour la cérémonie de Wachuma. »

À 10h, dimanche, sur les marches de la place principale de Cusco, je rencontre le groupe avec qui je vais partager cette journée de cérémonie. Il y a D, plusieurs de ses copains Péruviens et 3 Américains.

Un taxi, un bus, 30 minutes de marche plus tard… Nous voilà loin de la ville. La forêt nous entoure. Une rivière murmure à nos pieds. D’énormes roches nous font face. Déjà, à l’époque préinca, on venait ici réaliser des cérémonies. C’est un lieu sacré et ça se sent. Énergétiquement parlant. Il y règne une atmosphère un peu magique.

Tout le monde discute. Les chiens sautent de joie dans la nature. Les guitares commencent à résonner doucement… Puis D. nous explique comment va se dérouler la cérémonie.

Tout d’abord, il y a le fameux rituel du râpé. Après l’avoir fait plusieurs fois avec le Chaman, je me sens plus en confiance avec le processus. Le râpé que m’insuffle D est fort ! Je serre les poings et pousse un grognement quand la poudre se faufile dans mon nez. Je sens une rage envahir tout mon corps et sortir au moment où je secoue mes mains.

Casser les barrières. Libérer la colère, les tensions, la haine, les peurs…

Je reste un long moment face à D. à genoux, la tête baissée. C’est fort. Il m’accompagne dans mon processus en me passant de l’Agua Florida sur les mains, les cheveux. Puis quand je sens que ma tête tourne un petit peu moins, je me lève et me dirige vers son ami Péruvien qui me purifie avec du tabac. Je reste debout, les bras en croix devant lui. Il fume, il fume… Puis souffle la fumée et la fait diffuser tout autour de mon corps grâce à ses grandes plumes. De la tête aux pieds.
Je sens que je me relâche un petit peu. Un petit peu seulement, car en vérité, j’ai très très peur de ce qui va suivre…

De nouveau, je me retrouve dans le cercle de personnes. Je suis assez repliée sur moi-même, essayant de calmer mon cœur qui tambourine dans ma poitrine. Ça faisait longtemps que je n’avais pas ressenti un tel stress. Maintenant que tout le monde a pris du râpé, il est temps de commencer avec la Wachuma.
D. verse dans un verre un liquide assez épais, sombre et me tend le tout. Lorsque j’attrape le verre, j’ai les mains qui tremblent de façon impressionnante. Je suis à la limite de le lâcher.

– Bon voyage Anya.

D. me rassure avec ses paroles, son sourire. Je porte le liquide à mes lèvres, avale d’un coup.
Le goût est horrible. Ça me provoque des frissons dans le corps. Je retourne à ma place toute tremblante et me concentre sur mon souffle.

Respire Anya, respire. Tranquille. Tout va bien aller…

Je garde ma tête entre mes mains le temps que le reste du groupe avale la boisson.

Ensuite, D. nous invite à choisir 3 feuilles de coca. Toutes jolies, pas abîmées…

La coca est une plante d’Amérique du Sud utilisée depuis plus de 5000 ans : à mastiquer, en tisane, lors de rituels ou cérémonies… Elle possède des vertus stimulantes, énergisantes, augmente la résistance à la fatigue, aide contre le mal de l’altitude…

Nous posons chacun nos intentions pour ce voyage au cœur de ces 3 feuilles et soufflons dessus.

Je pense à ma santé, mon bien-être, à l’envie de continuer mon chemin selon mes valeurs et en suivant mon instinct. Je pense à ma famille à qui j’envoie mon amour… Je pense positif. Je pense à tout ce que je souhaite.

Puis D. nous fait signe de le suivre. Nous empruntons un petit chemin de pierre sur la rivière pour nous rendre derrière une des grosses roches. C’est ici qu’étaient déposées les offrandes lors de ces très anciennes cérémonies et c’est exactement ce que nous allons faire aujourd’hui.
Au sein d’un creux au centre de la pierre crée par la nature, je dépose mes feuilles en tremblant encore plus…
Je ne me sens pas bien du tout. Je fais trois pas sur le côté… Et puis d’un coup, sans trop l’avoir prévu, je vomis tout ce que j’ai en moi.
La sensation est hyper désagréable. J’ai l’impression de me vider de toutes mes forces. Mais juste après, je me sens beaucoup mieux. Comme si mes peurs étaient sorties en même temps. Je ne tremble plus. Je me sens juste un petit peu secouée. D. est à mes côtés. Tout le long, il a soufflé du tabac sur mon corps.

Lorsque je reprends mes esprits, D me propose un deuxième verre de Wachuma. Je l’avale avec plus de facilité et me cale contre une pierre.

Tout autour de moi devient d’un coup plus net. Je reste bloquée, le visage en l’air, sur les arbres géants qui me surplombent. J’ai l’impression de voir chaque feuille danser avec le vent.
Ce moment de répit est incroyable. Je me sens en parfaite connexion avec la nature. Je suis là où je dois être. Je la regarde, l’admire.

Oui, ici, je suis bien. Parfaitement bien.

Mais mon ventre me ramène à la réalité. Mes intestins se tordent. La nausée s’installe… Je me replie sur moi-même, à l’ombre. Pendant ce qui me paraît des heures, je reste au sol, à genoux, tête posée contre la pierre. Je me balance d’avant en arrière en tremblant.

Douleur, douleur, douleur.
Pitié que ça s’arrête.

Parfois je regarde ce que font les autres. Certains sont allongés, d’autres peignent, jouent de la musique ou sont partis se balader.
Pour ma part, je suis complètement dans mon monde, mon processus.
Plein d’images passent dans ma tête. Ça cogite vitesse lumière. Sur ce que j’ai fait ou pas fait. Sur ce que je veux, ne veux pas, ne veux plus.

Nouvelles pensées, nouvelles envies.
Ampoules qui s’allument dans mon cerveau. Reprogrammation…

Puis son image me vient en tête. Lui.
Je vomis.
Je le vomis. Et ça va mieux.

Même si c’est pour un court temps, car les douleurs reprennent aussitôt.
Je n’ai pas de « voyage » à proprement parler.
Enfin je n’en sais rien. Je ne sais pas ce que c’est. Je ne sais pas ce que je dois attendre de cette expérience.
Je sens surtout que mon corps doit se purger. Et c’est ce qu’il commence à faire avec la Wachuma.
Physiquement, émotionnellement, il y a des choses qui doivent sortir.

Le temps passe à la fois lentement et rapidement. Je n’ai presque pas bougé physiquement, mais dans ma tête j’ai l’impression d’avoir pris 1 an.
Je garde précieusement dans un coin de mon cerveau toutes ces réflexions que je me fais au cours de cette journée.

Nouvelles actions à mettre en place.

La nuit est à présent tombée. Alors que certains étaient partis s’isoler pour vivre leur voyage tranquillement, le groupe se forme à nouveau. Cette fois, autour d’un grand feu. La faim se fait sentir. Il faut dire qu’on était à jeun toute la journée et que les 3 jours d’avant, la diète imposait de manger un petit peu moins.

Que ce soit avec l’Ayahuasca ou la Wachuma, il est important de réaliser une diète avant les cérémonies. Au minimum, 3 jours avant : arrêter le sucre, la viande, les produits trop gras, l’alcool (et drogues). Manger le plus naturel possible. Ne pas prendre de traitements chimiques.
Cela évite une purge « inutile » lors de la cérémonie.
En gros, en avalant la plante sacrée, on va se purger de choses un peu plus profondes (émotionnelles par exemple) et non de la viande mangée à midi.

On se partage nos fruits, on fait cuire des patates. C’est un délice. J’ai l’impression de renaître et de découvrir ces saveurs pour la première fois. Je savoure chaque bouchée comme si c’était la première et la dernière. En conscience et avec gratitude. Je pense à ce que je souhaite changer dans ma vie, ce que je souhaite mettre en place…

Même si ce n’était pas très drôle de sentir autant de douleurs dans mon corps, le résultat est positif.

Quand je rentre à mon auberge de jeunesse ce soir-là, je n’ai même pas envie de rallumer mon téléphone coupé depuis 24h.

Comme un besoin de reconnexion. Avec moi-même, avec la nature, avec l’essentiel. Je suis fatiguée. Un peu triste de ne pas m’être sentie « partir en voyage », mais chaque chose en son temps.
Un processus de grand changement est enclenché et je sens que de plus en plus, mon chemin m’emmène vers quelque chose de positif.

PREMIÈRE CÉRÉMONIE D’AYAHUASCA – PÉROU

JUIN 2018 – Cusco

Cérémonie de Wachuma, passée.
Cérémonie d’Ayahuasca… À venir.

Ça y est. Celle-ci aussi est programmée. Pleine lune, fin juin. Juste avant que mes deux frères arrivent à Cusco. C’est parfait.

Je fais ma diète correctement. Je prends les choses très au sérieux. Depuis la cérémonie de Wachuma, je suis vraiment concentrée sur la prochaine. Je passe beaucoup de temps au calme, à me recueillir, m’écouter, me recentrer sur moi-même : mon intuition, mes envies, les messages que je reçois… Durant toute la semaine précédant la cérémonie d’Ayahuasca, je passe mes journées en compagnie du Chaman. Il m’apprend beaucoup de choses sur les pierres, mais aussi sur le monde magique. Cette autre réalité qu’on ne perçoit plus, mais qui pourtant est bien là. Il élargit ma vision des choses et m’apprend à sacraliser, ritualiser les moments, comme les repas, la nourriture, le fait de boire de l’eau…
C’est un temps précieux pour lequel j’ai énormément de gratitudes.

J-1.

La peur devient de plus en plus présente en moi. Je me pose beaucoup de questions. Je ne sais pas à quoi m’attendre. On me parle de quelque chose de fort, d’un voyage… Mais est-ce que ça va marcher ? Est-ce que ça va avoir plus d’effet que la Wachuma ? Et si ça ne marchait pas ? Et si c’était du n’importe quoi ? Tout ça. Tout ce que j’apprends. Tout ce qui m’anime.

J’ai confiance en ce Chaman. Je le sens et clairement mon intuition, sur ce coup-là, ne me trompe pas.

Il y a une angoisse que je n’ai pas : c’est celle qu’on me laisse mourir dans mon vomi ou qu’on ne fasse pas attention à moi durant la cérémonie.
Je sais que je serai parfaitement accompagnée.

Je pense à D qui m’a dit que du moment qu’on prenait la plante avec amour, respect et affection, il n’y avait pas à avoir si peur. Les raisons pour lesquelles je souhaite prendre de l’Ayahuasca sont bonnes. L’idée n’est pas de me droguer, de faire un trip ou je ne sais quoi. Alors je n’ai pas à me faire de soucis.

Mais même.
Et si j’étais tellement mauvaise au fond de moi que le voyage me tue ? Ou si les révélations sont trop dures et je ne peux survivre au choc ?
Est-ce qu’on peut réellement rester dans ce voyage pour toujours ? Et c’est quoi ce foutu voyage dont tout le monde parle ??

J’ai un milliard de questions. Parfois ça part complètement dans du délire. Parfois mes questions sont un peu plus rationnelles.

Je ne vais pas reculer et je ne doute pas vraiment. Je sais que malgré toutes mes interrogations, je vais la faire cette cérémonie. Au fond de moi, je sais que ça va aller.

C’est juste qu’on entend tellement de tout et n’importe quoi qu’il est difficile de savoir…
Ou peut-être juste que c’est une situation où je n’ai aucun contrôle. C’est nouveau, je ne connais pas, je ne sais pas comment ça va se passer.
Je ne sais pas ce qu’il va se passer en fait…
Alors oui. Aucun contrôle. Et c’est sûrement ça l’origine de ma peur.

Après cette matinée à me tourner le cerveau dans tous les sens avec mes questions sans réponses, je finis par faire part de mes appréhensions au Chaman.

– Mais Anya. C’est normal d’avoir peur. Ceux qui n’ont pas peur c’est qu’ils sont complètement inconscients. Moi aussi j’ai peur. Parce que c’est fort, puissant. Mais ça ne veut pas dire que c’est négatif. Et puis ta peur traduit une certaine forme de respect aussi. Pour cette plante sacrée, cette médecine. Alors c’est bien. C’est bien et c’est normal d’avoir peur.

Il a raison. Ses paroles me soulagent un petit peu. Et puis surtout je lâche prise. Je ne peux pas contrôler alors ça ne sert à rien de cogiter autant. Puis si ça se passait mal ? Que j’en mourrais ? Eh bien ça signifierait tout simplement que c’était le moment pour moi de mourir. Point final.

Jour J.

Ce matin, j’essaie de dormir un peu plus longtemps pour être le plus en forme possible. Après 4 jours de diète stricte, je prends un petit déjeuner très léger. Dernier repas avant la cérémonie qui aura lieu ce soir.

Les maux de ventre que je ressens depuis que je suis arrivée à Cusco et qui se sont accentués après la prise de Wachuma commencent enfin à me laisser tranquille. Quelques heures parfois. 1 journée d’autres fois…
Et pour le moment, j’ai de la chance. Jour J et tout va bien.
Je passe la journée tranquille. Je lis. Je médite. Je ne fais rien. Rien au sens propre du terme.
En milieu d’après-midi, une Argentine et une Espagnole me rejoignent chez le Chaman. Il y a aussi un jeune couple. Lui du Brésil et elle d’Argentine également.
Musique, infusion… Ça discute beaucoup, mais moi je ne suis pas. Mon espagnol n’est pas assez correct pour capter une conversation aussi rapide entre plusieurs personnes.
Mais ce n’est pas grave. Je préfère rester focus.
Focus sur quoi ? Mon calme, ma respiration.

Tranquille Anya. Ça va aller…

La nuit arrive doucement. Il est temps de prendre le bus qui va nous amener jusqu’à une ville à 1h30 de Cusco dans la vallée Sacrée. La maison où nous allons est plus en contact avec la nature, entourée de champs et de montagnes.

Malheureusement, mes douleurs au ventre reviennent pile au moment où je monte dans le bus. Il y a aussi le fait que j’ai arrêté cette pilule contraceptive il y a un peu plus d’une semaine et je sens que ça travaille dans tout mon corps. Il ne doit pas trop comprendre ce qui se passe en ce moment.
Wachuma, râpé, nouvelle alimentation péruvienne, arrêt d’hormones chimiques… Beaucoup de changements.

Le trajet passe rapidement. Nous dormons tous dans le microbus. Les stops incessants, les montées et descentes ne nous réveillent même pas.

Arrivé à destination, je m’émerveille face au paysage. Même si j’adore Cusco et que je trouve que le centre-ville « respire » pas mal, ça fait un bien fou d’être plus « à la campagne ». C’est calme. Et la nature autour se fait sentir. La lune est pleine. Elle éclaire le chemin jusqu’à la maison.

19h. La famille qui possède cette grande maison nous accueille. Au milieu, un magnifique jardin. Le Chaman nous fait voir la pièce dans laquelle nous allons effectuer la cérémonie ce soir. Les murs sont faits en terre et en pierres. Il y a des peaux de serpent, des coupoles, des bougies, des instruments et puis des mains sur les murs. Enfin… pas des vraies mains, hein. Seulement leurs empreintes en peinture.

Une dernière infusion et la cérémonie commence.

Le Chaman place devant lui un grand tissu rectangulaire sur lesquelles des lignes en escaliers sont tissées. Puis il vient déposer un à un ses instruments. Diverses flûtes et d’autres instruments dont je ne connais pas le nom.
Bougies, Agua Florida, plumes…

J’essaie de me détendre en pensant au fait que cette situation me rappelle Lucky Luke avec les Indiens.

Chacun de nous s’est installé dans un coin de la pièce, avec comme accessoire : plusieurs couvertures (il fait assez froid la nuit) et un sceau.

Parce qu’on risque bien de vomir, oui.

Tout le long de sa préparation, le Chaman nous parle, nous raconte l’Histoire, explique la cérémonie, les instruments utilisés… Je ne comprends pas tout, mais je sens qu’il est là, qu’il nous accompagne.

Puis il nous présente une sorte de tabac. Nous devons chacun fumer dans la pipe, mais surtout ne pas avaler cette fumée. À la place, nous devons nous souffler cette fumée à droite, à gauche, en haut… Pour nous protéger. C’est le rôle de ce tabac.
Se protéger des esprits qui peuvent nous rendre visite pendant le voyage d’Ayahuasca, moment où nous serons vulnérables.
Comme je ne fume pas et comme je n’ai jamais fumé, je ne sais pas trop comment m’y prendre. Évidemment, j’avale plus de fumée que je n’en souffle. Je me brûle littéralement les poumons et romps le silence sacré en toussant comme une dingue.

Ça m’angoisse encore plus. Durant une seconde, je me demande ce que je fais là.

Non, mais sérieusement, vais-je survivre à cette expérience ?

J’ai tellement peur que j’ai l’impression que je vais vomir mes tripes. Mon mal de ventre déjà installé depuis plusieurs heures n’aide en rien. Je suis paralysée et regarde tout le monde avec de grands yeux. Heureusement que la simple présence du Chaman m’apaise. Je sais que je ne suis pas seule.
Et puis je me rappelle pourquoi je suis là. Pourquoi je fais ça. Ce « pourquoi » plus puissant que tout.

Aller mieux. Aller bien. Guérir. Comprendre. Grandir. Évoluer.

Après le rituel du tabac vient le rituel du râpé.
Et alors là… C’est hyper intense. À chaque insufflation, j’ai tous mes membres qui tremblent. Je sens mon corps s’étirer et des poids en moi s’évaporer. Je me détends. Enfin !
Je tire même un sourire. Je suis d’un coup beaucoup plus dans le partage. Une partie de mon énergie s’est tournée avec joie vers mes compagnons de cérémonie.

Je ressens une belle énergie dans ce lieu, à ce moment précis. L’atmosphère change chaque seconde. Nous sommes tous de plus en plus connectés, concentrés.

Ensuite, le Chaman nous demande de nous présenter et de donner nos intentions pour cette nuit si nous le souhaitons.

En bégayant, je prononce quelques mots.

« Euh… Salut. Je suis Anya. Je suis française et j’ai 22 ans. Et je suis là, car j’aimerais guérir certaines blessures physiques, émotionnelles… Comprendre, apprendre. Et avoir des réponses… »

Ce n’est pas très clair à l’oral, mais dans ma tête, ça l’est. Plus précis. Plus net. Je sais sur quoi je veux travailler.

Au fur et à mesure, la pièce me paraît plus obscure. Bientôt, seule une flamme brille et nous permet de nous voir. Tout le monde est calme. J’ai l’impression d’entendre le souffle de chaque personne.


Le Chaman s’agenouille face à son autel et attrape une bouteille contenant un liquide sombre. Il le verse tranquillement dans une coupole en bois et en avale une gorgée. Puis il fume à nouveau son tabac protecteur.

Fumée, plumes …

Son regard se pose sur moi. C’est mon tour. Je m’avance doucement, tête baissée, avec humilité. Je me recueille. Je suis concentrée. Présente. En conscience.

Le chaman me donne la boisson magique. J’attrape la coupole de mes mains tremblantes et pense à nouveau à mes intentions.

Aide-moi, aide-moi, guide-moi. Apprends-moi ce que je dois apprendre. Je m’ouvre à toi, Ayahuasca. Viens.

Je respire un grand coup et avale le breuvage d’une seule traite. C’est sucré, acide, fort, épais. Ça me brûle un peu la gorge et me tire une légère grimace. Je sens immédiatement mon corps réagir. Réagir mal.
Je retourne à ma place en tremblant.

Vous connaissez cette sensation de quand notre corps rejette quelque chose, non ? On mange ou on avale quelque chose et immédiatement, le corps se révulse et veut l’éjecter à nouveau. Eh bien c’est exactement ce qu’il se passe. En fait, j’ai à peine le temps de me rasseoir que je dois déjà me pencher vers la bassine en face de moi.

Premier vomi. Merci.

Que du liquide. Il faut dire qu’avec la diète, je n’ai pas grand-chose à vomir outre l’eau bue ces dernières heures.
La sensation est horrible. Je sens le breuvage me brûler la gorge encore plus au retour qu’à l’aller.

– Ça va ? me demande le Chaman.
– Un goût de terre, je réponds à moitié consciente.

Et c’est vrai. Dans ma bassine, il reste encore un peu de terre du jardin… Alors forcément, quand j’ai vomi, tout m’est revenu dans la tête…

Je me réinstalle contre mon mur. Faible. Tremblante. J’ai peur, j’ai peur, j’ai peur.

Tout le monde a fini de boire la première tournée. L’ambiance est calme.
Silence.
Chacun essaie de trouver la position la plus confortable sur le sol. Chacun attend les effets de la plante… Chacun dans son monde.

Le chaman commence alors une musique. C’est doux. Mon corps se balance tranquillement. De gauche à droite. De droite à gauche… Comme une valse avec moi-même. De l’extérieur, tout paraît calme, mais à l’intérieur, c’est une autre histoire.
Mon estomac entre en guerre. Nausée extrême. Je suis prête à me pencher vers ma bassine à n’importe quel moment…

Mais ça ne vient pas. La musique s’arrête. La nausée diminue aussi un petit peu.

– Comment ça va ? Est-ce que vous sentez quelque chose ? demande le Chaman. Vous voulez un deuxième verre ?

Nous répondons tous par l’affirmatif. Alors le rituel recommence.
Mains tremblantes.
Coupole entre mes doigts.
Coupole à la bouche.
Liquide brûlant.
Grimace.
Je ne sais pas si c’est pire que la première fois ou non.

Reste en moi petite plante. Reste en moi… J’ai peur. Peur, peur. Oui mon ego a peur. Il ne veut pas voir. Changer, se confronter. Mais moi je veux. Je veux, je veux. Je m’ouvre à toi. M’ouvre tout entier. Viens. Viens… Envahis tout mon corps, tout mon sang, toutes mes cellules. Entre en moi.

Cette fois, je sens que ce liquide, je ne vais pas le rejeter immédiatement. C’est peut-être la dernière occasion d’aller aux toilettes. Juste au cas où.

Sur la pointe des pieds, je quitte la pièce. Je traverse le jardin difficilement. Avec le râpé, puis la nausée, je me sens tituber.
La lumière de la lune est vite remplacée par celle des toilettes.
1 minute.
2 minutes.
3 minutes.

Je dois me rendre à l’évidence. Il ne se passera rien dans ces toilettes. À part vomir si je ne sors pas immédiatement.

Et je ne sais pas pourquoi, dans ma tête, c’est inenvisageable de vomir, ici, toute seule, dans ces toilettes. J’ai peur de commencer mon voyage ou je ne sais quoi et de finir la nuit sur ce carrelage blanc. Alors je sors en courant. Je déboule dans la pièce de la cérémonie, attrape ma bassine et rejette tout à nouveau.

Et waouh. Qu’est-ce que ça fait du bien. Le soleil après le déluge…

Tout le monde a avalé la deuxième tournée. Tout le monde est installé.
Je me mets bien sous mes couvertures.
Le chaman éteint la bougie.
Noir complet.
Musique maestro…

J’ai peur que ça ne fasse pas effet.

Et si ça ne fait pas effet ? Et si ça ne marche pas sur moi ? Je suis maudite, maudite, maudite. Et puis c’est quoi ce voyage ? Tout le monde parle d’un voyage ? Mais ça veut dire quoi ?!

Et puis d’un coup… Je sens. J’ai les yeux fermés, mais face à moi, je vois.
Ça bouge. Ça tourne. Couleurs, formes … Kaléidoscope.
Oh mon dieu. C’est ça. Ça marche. Ça marche !

 

Une joie soudaine m’envahit ! Je me mets à rire ! Un peu puis beaucoup. Je suis tellement heureuse. Ça marche !!
1000 couleurs. 1000 formes qui bougent, tournent, dansent. Comme un serpent. Des millions de serpents. J’ai l’impression d’être dans une scène de Aladin. Quand le génie se transforme et part en vrille. Le perroquet et le méchant sont là aussi. Ils rient. Puis se déforment et s’évaporent.
Je me sens partir loin, loin, loin.
J’ai le cœur qui s’accélère tellement…
Il va exploser. Je ne peux plus respirer.

Et si je ne reviens pas de ce voyage ? J’ai totalement perdu le contrôle !

La peur revient.
Je vais mourir, ça y est.

La musique s’arrête. Du feu. Lumière. La bougie me fait ouvrir les yeux.
Kaléidoscope toujours présent. Mais peu à peu, je perçois à nouveau les formes autour de moi. Le chaman. Ses yeux.
Je respire un grand coup. Je déboutonne mon pantalon, dégrafe mon soutif pour me sentir un peu plus libre. Besoin d’air. Besoin de respirer.

– Ça va Anya ? me demande le Chaman.
– Je me sens partir très, très loin. J’ai peur.
– C’est normal. Tu pars loin. Mais n’oublie pas que tu es protégée à présent. Tu pars très loin chaque fois que le noir vient. Mais chaque fois que je rallume la lumière, tu reviens un peu plus avec nous. Tout va bien.

Ses paroles me rassurent. Oui, tout est normal. Tout va bien. Je suis protégée. Il ne va rien m’arriver.

Et puis c’est tellement irrésistible cet appel… J’ai envie de plonger dedans. Impossible de garder les yeux ouverts. Je veux y retourner. Encore et encore. Dans ces formes, ces couleurs… L’appel.

Noir complet.
Musique.
Rythme puissant. Boum boum. Le chaman tape du pied. La musique est entraînante. Hypnotisante. Envoûtante.
Ou bien c’est l’appel. Les formes, les couleurs, les serpents.

Viens, viens, Anya. C’est par là…

Je ferme les yeux.

J’arrive.

Ça tourne. Comme dans un grand manège. Les couleurs fluo éclatent puis s’estompent et laisse place à des couleurs plus sombres.
Du sang. Du sang, du sang. Beaucoup de sang.
Ça coule à n’en plus finir. Doucement, comme des larmes. Du sang qui sort de tout mon corps. Je perds tout mon sang…
Du sang, des cris, des larmes.
Douleurs. Douleurs, douleurs. Dans mon cœur.
Chagrin, tristesse. Sang, sang, sang.
Rythme, rythme, rythme.
C’est là en moi. Oui je le sens. Sang. Mais ça doit sortir. C’est ce qu’elles me disent les formes. Ça doit sortir.
Elles m’entraînent dans un tunnel. Avec leurs mains. Avec leurs ondulations de serpents.
Ça doit sortir.
Non, non, non. Je ne veux pas.

Mais elles continuent.

Si ça ne sort pas comme cela, ça sortira d’une autre manière.
Viens… Viens…

Ce tunnel… ces mains… Ces ondulations…
Viens…
Je m’approche, m’approche, m’approche…

Je ne veux pas.
Tristesse, pleurs…

Je m’avance, m’avance, m’avance…
Me penche.
Bassine, tu es là, merci.
Tout sort. Ça fait mal. J’ai l’impression que je vais m’étouffer, que mon estomac, mon corps se vident de toute mon énergie pour faire sortir cela.
Je pleure de toutes mes larmes.
Perte, perte, perte.

Le chaman vient vers moi. Plumes, tabac… Il secoue ses objets magiques face à moi.
Agua Florida à respirer. Mouchoirs…
Je suis dans ses bras. Je ne peux plus m’arrêter de pleurer.
Tristesse.
Je l’ai perdu. Je l’ai perdu…

Oui, mais c’était nécessaire.

Pendant 1 seconde, je sors de mon voyage. Je vois tout autour de moi. Le chaman. La bougie. Le feu. La lumière.
– Merci, je murmure.

Puis je retourne à mes visions.
Il n’y a plus de sang. Mais toujours toutes ces formes, ces couleurs. Ces ondulations. Kaléidoscope infini.
Il apparaît. Elle aussi.

Messages, affirmations, confirmations. Enseignement, apprentissage…

Vomi.
Purge.
Ça doit sortir de moi.
Et chaque fois, c’est un poids en moins.
Un soulagement intense.

Enfin c’est sorti. Merci, merci, merci…

Et puis à nouveau… Toute la nuit. Enfin je ne sais pas. Je ne contrôle plus rien. Autre dimension. Autre espace. Autre temps.

Feu. Bougie. Lumière.
Lumière. Bougie. Feu.
Noir. Obscurité.
Musique.
Voyage…

Épuisement. Faiblesse.
Peu à peu, le kaléidoscope diminue. Mon environnement revient.
La nausée aussi. Les douleurs à l’estomac aussi.
Mon cerveau cogite, cogite, cogite.
Des mots, des phrases. Des ampoules qui s’allument. Compréhension. Apprentissage. Connaissance.

Le chaman reprend du râpé pour lui. C’est son ami qui le lui insuffle.
L’effet est puissant. Tout le corps du chaman se déploie, se grandit.
Un cri grave.
Je vois une obscurité sortir. Une fumée noire…
Je me protège d’un bouclier invisible. Ma propre protection. Ma propre médecine.

Chacun son voyage. Son obscurité. Sa lumière.

Fatigue… Je ne peux plus lutter. Au son du chant qui se faufile dans la pièce, je me laisse aller. Je sais que je ne peux plus vomir. Plus de force. Les choses que j’avais à régler étaient tellement puissantes. Elles m’ont pris toute mon énergie.
Je m’allonge. Ferme les yeux. Écoute la douce voix.

Musique entraînante. Lente… Comme une caresse… Je m’accroche à mon collier que j’ai fabriqué il y a quelques jours. Il m’ancre ici, dans le présent. Il me protège. Je suis tellement faible que ma main a du mal à le serrer complètement. Mais il est là, je le sens. Tout va bien.
Je plonge…
Dans le sommeil.

Lorsque je reprends conscience, il est un peu plus de 6h du matin. J’ai l’impression d’avoir dormi comme une masse et en même temps je sais que je me suis réveillée toute la nuit par peur de vomir ou à cause de mes douleurs au ventre.
En fait… Je ne sais pas. J’ai aussi cette impression de m’être endormie, d’un coup, il y a une minute combinée avec la sensation d’avoir dormi pendant 24h. C’est bizarre.
Mais ça va.
Je me sens bien.
Épuisée. Mais reposée. Ou soulagée, apaisée. Calme.
Ou en paix. Alignée.

Oui, en paix. Intérieurement. Je crois que c’est ça.

Durant un long moment, je reste, là, sur le sol, allongée, les yeux ouverts. Petit à petit, ça se réveille autour de moi. Je passe en revue ce que j’ai appris, compris, cette nuit. Ce qui est venu à mon esprit. Images, réflexions, leçons…

Waouh. C’était intense. Comme si en une nuit, j’avais plus travaillé sur moi qu’en 3 ans.
Je suis pleine de reconnaissance, de joie et de positif. J’appelle ma mère pour lui raconter quelques visions, pour qu’elle m’éclaire également sur certaines choses et je prends bien soin de graver tous les détails dans mon esprit.

La journée est magnifique. Le soleil brille. L’atmosphère dans le groupe et dans la maison est légère.

Je suis prête pour retrouver mes frères.
Je suis sur mon chemin. Et il est magnifique, lumineux.

Les épines, la forêt, l’obscurité sont derrière moi. Ils existent, mais ils sont acceptés avec plus d’amour et de bienveillance. Alors cela fait moins mal, moins peur.

DEUXIÈME CÉRÉMONIE D’AYAHUASCA – BRÉSIL

JANVIER 2019 – Morro de Sao Paulo

Depuis ma dernière cérémonie d’Ayahuasca, il s’est passé 1001 choses. Retour en France, Paris. Puis retour à Valparaiso, Chili.
Nouveaux environnements, nouvelles situations, nouvelles rencontres, nouvelles joies, mais aussi nouvelles difficultés et nouveaux obstacles.
En 7 mois, ma vie a bien changé. Les cérémonies, les voyages au tambour, les rituels avec la lune ou avec d’autres éléments de la nature, les plantes, les bougies, le palo santo, les huiles, les pierres, les musiques chamaniques…
Un million de nouvelles choses font à présent partie de mon quotidien. Et tout se fait naturellement. Tout vient à moi quand je suis prête. Quand c’est le bon moment.

J’aime ce nouveau quotidien. Je me sens plus reconnectée, alignée, plus consciente de moi-même. Plus mature peut-être… Sur certains points du moins.

Mais ces derniers mois de janvier et décembre ont été difficiles émotionnellement et physiquement. Je fais face à des blocages, des peurs, des situations compliquées. Tout cela arrive pour me faire avancer, grandir.
Pour m’enseigner encore de nouvelles choses ou pour que je puisse mettre en pratique ce que j’ai déjà appris. Je me confronte, tout simplement, à certaines parties de moi, certaines blessures.
C’est difficile, ça fait peur à ma famille, parfois à moi-même, mais ce n’est pas négatif.
C’est un tunnel. Et dans un tunnel, il fait généralement plus sombre et c’est plus dangereux. Mais il y a une sortie à ce tunnel. Toujours.

Et en ce moment, pour continuer mon chemin, je dois emprunter ce tunnel…

 

Depuis quelque temps, l’Ayahuasca résonne en moi.

Ayahuasca, ayahuasca, ayahuasca…
Un mot.
Un mot qui tourne en boucle dans mon esprit.

L’Univers m’écoute, l’Univers m’entend.

L’opportunité se présente.


Je réside sur une île dans l’état de Bahia. C’est un ami qui vient ici depuis 15 ans chaque été qui m’a fait découvrir l’endroit. Et c’est justement une de ses connaissances qui organise une cérémonie d’Ayahuasca. Elle s’appelle M.
Ce n’est pas une Chamane.
C’est une femme, une maman également. Ce n’est pas une Chamane, mais elle a déjà pris plusieurs fois de l’Ayahuasca et a déjà animé des cérémonies.

Au Brésil, je croise beaucoup de « femmes-sorcières ». Connectées à la nature, puissantes … J’apprends beaucoup de ces courtes rencontres. Elles me remettent à ma place. M’enseignent l’humilité

Donc, comme je le disais, depuis quelque temps, l’Ayahuasca s’insinue en moi et l’Univers m’écoute. Il me donne justement l’opportunité de rencontrer pour la deuxième fois cette plante sacrée.

Le seul petit détail c’est que mon ami et moi sommes prévenus de la cérémonie un jeudi matin et que l’évènement a lieu le lendemain soir.

Nous n’avons pas fait de diète, sommes sortis faire la fête… C’est un peu juste. Jusqu’à vendredi nous allons devoir manger très léger et nous reconnecter à nous-mêmes.

On a un peu peur tous les deux. Mais en même temps, notre excitation est bien palpable.
Pour chacun de nous, cette cérémonie arrive au moment où nous en avons le plus besoin.

JOUR J

Je me réveille en douceur, reposée. Je prends un petit déjeuner à base de fruit uniquement, passe ma journée seule, en nature.
Reconcentration.
Focus.
Réflexions.
Intentions…

18h. Mon ami passe me chercher chez moi. Nous emmenons un grand tambour chez M. Dans mon petit sac, j’emporte aussi du papier toilette, ma canga (mon paréo du Brésil) et mon Agua Florida qui me suit depuis le Pérou.
M. habite une maison magnifique au milieu de la jungle. C’est une petite maison toute simple, en pierre, en bois. Ouverte sur la nature. Des attrapes rêves dansent quand le vent chante. Odeurs de fruits, mélodies d’oiseaux…
Un paradis.
Le genre d’endroits où je pourrais m’installer quelque temps pour écrire, créer, penser

Tous les 3, nous préparons la cérémonie à venir. On ramasse du bois, on crée un carré avec des bancs tout autour du feu qui commence à prendre forme doucement. Aucun mur, aucun toit. Seulement la nature.
La jungle.
Épaisse. Imposante. Abondante.
Et la petite maison avec sa grande terrasse à quelques mètres.
Bougies, instruments de musique, Agua Florida… Tout se met en place. 3 autres femmes arrivent. 3 autres hommes aussi. C’est bien différent de ma première cérémonie. Pas de Chaman. Ce sont nous, les participants, qui allons animer la nuit.
Mon ami joue du tambour. M. chante, tape dans ses mains, utilisent d’autres instruments de percussion pour donner le rythme. Il y a aussi une guitare et des voix magnifiques.

Cette fois, mon espagnol est plus que correct. Mais on est au Brésil. Et ça parle portugais. Alors je ne comprends rien à rien. Quasiment pas un mot. Parfois mon ami me traduit ce qui se dit… Parfois seulement. Au sein du groupe, ça discute beaucoup. Je suppose que M. explique comment va se dérouler la cérémonie. J’ai l’impression qu’elle donne aussi quelques conseils sur les émotions. Elle pose de belles intentions pour cette nuit. Envoie des messages …

Nous nous recueillons tous un peu plus. Je ne me sens pas hyper à l’aise au milieu de tous ces gens. Quasiment tous me sont totalement inconnus. Je ne ressens pas du tout la sécurité émotionnelle que j’ai pu ressentir avec le Chaman. Non pas que j’ai peur de mourir ou qu’on me fasse du mal, ou qu’on me laisse complètement à ma merci ou que je n’ai pas confiance. Mais disons que je me suis déjà sentie plus à l’aise dans ma vie.

Et comme en ce moment, je suis dans une période un peu difficile, je me sens plus faible et plus vulnérable. Mon obscurité est toute proche. Parfois plus présente que ma lumière et donc j’ai peur de ce que je pourrais avoir comme voyage ce soir…

Et oui. C’est vrai. Il y a mon ami que je connais et en qui j’ai confiance. Mais il sera dans son voyage aussi. Et qui va prendre soin de moi si j’ai un problème ? En fait, je crois que j’ai quand même un peu peur de ne pas être accompagnée ou aidée, rassurée, guidée comme la première fois.

Le rituel du râpé commence.
M. me demande de le lui insuffler en premier. Puis c’est mon tour.
Waouh. Plus de 6 mois sans en prendre. C’est super fort. Je me retiens presque de vomir.
Puis toutes les sensations familières reviennent dans mon corps. Fourmillements, détente, ultra conscience de moi-même et de mon environnement.
Mon ami à mes côtés manque de tomber quand son tour vient. Je le retiens de justesse.

Je prends de grandes respirations. Souffle. Essaie de me calmer.
La détente a fait effet quelques secondes, mais à présent, la panique revient. Encore plus forte à chaque minute.

Du calme Anya, par pitié.

Cette fois, pas de rituel du tabac. Alors toute seule, je souffle sur mes épaules. À droite, à gauche. Je me protège.
Le grand feu au milieu illumine bien l’espace. La nature gronde…
M. attrape une bouteille, verse le liquide sombre dans un verre et l’avale d’une traite.
Puis c’est mon tour.
Quand je prends le verre entre mes mains, je ressens à quel point je tremble. J’ai une peur incroyable. Beaucoup plus que la première fois, il me semble.

– Bon voyage
– Merci…

J’avale la substance en posant mes intentions.
J’ai peur, mais je suis prête.

Je suis prête, prête, prête. Ça va bien aller.

Liquide. Sucré.
Pas de grimace.
Un goût complètement différent de la première fois. Ça passe mieux.

Enfin, c’est ce que je crois. Ça passe niveau goût, mais avec mon corps, c’est une tout autre histoire. Je me retourne. Je dépasse le banc sur lequel je suis assise depuis tout à l’heure et vomis entre les plantes.
1 fois.
2 fois.
Toute l’eau de la journée et le reste de mon repas de ce matin.
C’est quasi immédiat. Il s’est passé 10 secondes à peine entre le moment où le breuvage a touché mes lèvres à l’aller et le moment où il les a touchées au retour.

Je me rassois au milieu du groupe. Tout va mieux. Bon le problème c’est qu’à mon avis, je ne vais pas ressentir grand-chose des effets de la plante étant donné que je l’ai rejeté immédiatement.
La peur, c’est la peur…

Lâche prise Anya. Tranquille.

La musique commence. Chacun chante quelque chose. Les tambours imposent le rythme. J’élève la voix lors des refrains. Même si je ne comprends pas ce que je dis.

J’essaie de me détendre ainsi. De me mettre dans une bonne énergie. Un des hommes du groupe est déjà parti dans son voyage. Il s’est allongé dans un coin, les yeux fermés. À la fin de la musique, il vomit en silence.

– Comment ça va ? demande la chef de la cérémonie.

Tout le monde se sent bien. Mais pas d’effets encore.
Deuxième tournée.
Même scénario. Je garde le liquide en moi peut-être cinq minutes de plus. C’est tout. Tout est rejeté à nouveau entre les plantes.

Ça chante, ça danse parfois. Et moi, au fur et à mesure, je me renferme dans mon monde.
J’ai l’impression que toutes les ondes de mon corps se chargent de négatif.
Peur, doutes, colère, haine, rage, tristesse.

Je me sens seule.
Je reprends un 3e verre.
Pas d’effet. Rien, rien, rien.
Que des mauvaises pensées.

Il faut que je me sorte de là. C’est une boucle infernale. Si je pense négatif, il n’y aura que du négatif.

Je chante. J’essaie de me remettre dans l’ambiance du groupe. Ça y est les autres sont dans leur voyage. Musique, tambours… Leurs belles voix résonnent. Leurs belles énergies se diffusent.
Sauf la mienne. La mienne n’existe plus. Je suis dans l’obscurité totale. Je cogite, cogite, cogite.
Puis il y a ce feu. Si fort. Cette lumière…

Je me souviens que lors de ma première cérémonie, chaque fois que le Chaman commençait une musique, il éteignait la bougie, nous plongeait dans l’obscurité et l’esprit de la plante s’insinuait en moi de manière plus facile. Là, j’ai l’impression qu’il y a trop de lumières pour laisser venir les choses …

Mon ami à mes côtés commence à sourire. Puis à rire de tout son cœur. Sa joie me transporte un instant puis me fait réaliser à quel point je me sens seule.
Complètement seule avec mes énergies négatives, mes pensées noires au milieu de tout ce groupe de personnes en train de voyager dans une autre dimension.

La musique se termine.
Silence.
M. se lève alors. Ce qu’elle dit à ce moment-là en portugais, je ne le comprends pas. Je suis focalisée sur mon idée. Il faut que je lui demande un dernier verre. Un tout dernier verre.

– M. est-ce que je peux reprendre un dernier verre s’il te plaît ? Car je vois que tout le monde est dans son voyage, mais moi je ne sens absolument rien…
Elle me regarde étonnée, me répond en portugais, mais je ne comprends pas. Un des garçons me fait la traduction.

– Elle est désolée, mais la cérémonie est terminée. Maintenant, on va continuer autour du feu à se reposer, à chanter… Si tu veux aller te reposer, tu peux. Il y a les hamacs. Mais la cérémonie en soi est terminée.

Je reste sous le choc un instant. Tout le monde se met en cercle pour conclure. Sauf mon ami qui est parti dans son coin.
Je commence à écouter ce que chacun dit au sein de ce cercle, mais je ne suis pas vraiment là. Complètement absorbée par mes pensées noires.

C’est fini. Je n’ai rien senti et c’est déjà fini. Je suis nulle. Je ne suis rien. Aucun effet. Rien. Tout ça pour rien. Ça n’a servi à rien.

Je ne veux plus être ici. Je veux partir. Je veux courir. M’enfuir.

Je me tourne dans la direction de mon ami. Il est à genou au sol. Il pleure. Il est dans son voyage. Un des hommes du groupe est là à ses côtés pour l’aider. Je m’approche. Mon cœur se serre de le voir ainsi. Je voudrais être là pour lui. Mais l’homme m’en empêche. Il me fait signe de m’arrêter puis lève le pouce en l’air.

– Tout va bien, ne t’inquiète pas pour lui.

Mais qui tu es toi pour me dire ça ? Et si je veux l’aider ? Qui tu es pour l’aider, TOI et pourquoi pas moi ?

Je ne dis rien. Ce n’est pas le moment. Chacun son voyage. Alors première chose à faire : penser à moi.

Je dépasse les deux hommes et continue mon chemin à travers l’immense jardin. Toute cette jungle qui m’entoure… Je veux de l’espace.

Partir loin. Courir. M’enfuir. Loin, loin, loin de tout ça. Seule.
Je suis seule.

Je cours. J’explose. Les larmes coulent. Abondance de larmes.
Puis je pose mes genoux au sol. Ma tête aussi. Je veux m’enfoncer dans la terre. Je veux retourner là dedans. Je veux tout quitter. Je veux revenir à ma terre. À ma Terre. À mon Centre.

Je suis seule, seule, seule.
Des tonnes de pensées tournent en boucle dans ma tête.
J’entends au loin qu’on cri mon nom.

– Anya… ANYA !!

Laissez-moi. Par pitié, laissez-moi.

Je veux être seule. Je suis seule. On me rejette, je vous rejette. On m’abandonne. J’abandonne. Vous me laissez seule. Je me mets toute seule…
Seule, seule, seule.
Voilà ma blessure, cette nuit.
Impression soudaine d’être revenue au stade d’enfant. Tout petit enfant. Qui crie, hurle, pleure sa peine. Tout petit enfant perdu.

– ANYA !!!!

Je veux qu’on me laisse tranquille. Alors je rassure les voix qui me cherchent.

– Je suis là. Ça va.

M. arrive. Elle me relève.

– Tu ne peux pas rester là, me dit-elle. C’est dangereux dans la terre. Il y a des insectes, des serpents. C’est dangereux.
– Oui, mais je veux être seule.

Elle me prend par la main pour me ramener vers le feu de camp. J’avance. Je m’arrête. Je pleure.
Perte de contrôle totale.
On avance à nouveau.
Je m’arrête. Je pleure. Je vois le groupe. Le feu. J’ai peur.

– Non, je ne peux pas. Je ne peux pas…

M. se tourne vers moi et tente de me rassurer. Puis je la serre fort dans mes bras et contre son épaule je pleure. Mon enfant intérieure pleure. Cet enfant qui a besoin de sentir qu’il n’est plus seul.

Ça fait du bien. Je respire à nouveau. J’ai pleuré, j’ai lâché. C’est sorti. Un peu. Un tout petit peu.

Je m’approche du groupe doucement. La panique revient.
M. me propose d’aller me poser un peu plus loin dans le hamac.

– Comme ça, tu es proche du groupe. Tu n’es pas dans la terre. Tu es en sécurité ici.
– D’accord.

Deal accepté.

Je m’assois dans ce hamac. Ma respiration s’accélère. Mon rythme cardiaque explose. 
C’est là, ça arrive. Les formes, les couleurs, les ondulations…
Serpents, serpents, serpents…

Je perds totalement le contrôle. Je pars dans mon voyage. Mais suis-je prête ?
Les pensées sombres sont tellement présentes en moi… Suis-je prête à commencer ce voyage, maintenant, toute seule ? Vais-je pouvoir revenir ? Ne vais-je pas sombrer encore plus ??

J’ai une peur bleue. Je ne contrôle plus rien. L’appel est là. L’appel que je voulais tellement. L’appel qui me fait peur à présent.

L’homme qui aidait mon ami tout à l’heure vient me voir. Il s’accroupit à mes côtés.

– Ça va ? Tu as besoin de quelque chose ? Je suis là.

J’ai du mal à parler, articuler.
L’appel est là… Il est là…

– Ça va, je lui réponds avec difficulté. Jusqu’à présent, je ne ressentais pas d’effet. Mais là, ça vient. Je commence mon voyage. Maintenant. Alors je veux être seule. Merci.

En vérité, ce n’est pas que je veux être seule. Je pourrais être entourée de mon ami par exemple. De quelqu’un que je connais. Mais lui, je ne le connais pas. Je ne veux pas qu’il soit à mes côtés dans mon moment le plus vulnérable. Je ne veux pas de lui pour commencer mon voyage. Et mon voyage commence maintenant.
Maintenant.

Formes… Couleurs… Ondulations…
Du sang. Des larmes. Du sang. Des bouches ouvertes qui crient. Mais aucun son ne sort.
Je m’enfonce dans ce tunnel. Ou dans cette gueule ouverte. Je sens mon visage se déformer. Ou bien c’est moi qui crie. À l’intérieur.
Je hurle.
Douleurs, sang, cris, larmes…

Pitié sortez-moi de là…

J’ai si peur que je me force à ouvrir les yeux. Les ondulations sont toujours présentes, mais mon environnement aussi. Tout, autour de moi, ondule dans ce continuel mouvement de serpent. Je me lève du hamac, tourne sur moi-même.
Peur, panique. Respiration courte. Cœur qui tambourine à m’en faire casser le thorax.
Nausée.
Je veux que ça sorte. Je veux vomir par pitié.

Je m’accroupis vers le muret. Au cas où.
Histoire que si ça doit arriver, je vomis dehors et non sur la terrasse.

Je regarde les plantes autour de moi. Mais ce n’est plus vraiment des plantes que je vois. Je vois plus. Des formes. Humaines. Une famille dans ces plantes. Tout est différent. Je peux voir des choses que normalement je ne vois pas. Mais elles sont bien réelles ces choses. Ma vision s’est juste élargie.

Ces plantes m’appellent… Et plus j’avance vers elles, plus je sens que ça va sortir.

Viens, viens, viens…

J’approche. J’approche. Me penche au-dessus du muret et vomi.

Purge.
Ouf.
Enfin.
Un bien fou.

Un poids énorme en moins. Il fallait que ça sorte… Je suis faible, chamboulée, déboussolée.
Mais pas de répit. Le voyage continue. Et il est tout aussi obscur. Les larmes reviennent. Les pleurs… C’est incontrôlable.

Peur. Seule. Abandonnée. Peur. Tristesse. Seule, seule, seule.
Se confronter à ça. À tout cela. À tout ce qu’il y a en moi. Affronter. Parce que tout est en moi.

Je me lève, m’assois. Me lève, tourne en rond. M’accroupis en face du muret. Vomis. Quand je peux. Enfin.
Les larmes ne s’arrêtent pas.
Visage déformé…

Je suis en boule contre le muret. Lutte. Avec moi-même. Avec tout ce que je vis, ce que j’ai vécu. Petit enfant qui pleure.

Les filles du groupe me rejoignent. Nous formons un cercle.

– J’ai peur, j’ai peur… je murmure.

De quoi ai-je peur ? Je n’ai tellement plus le contrôle que j’ai peur de ne pas revenir. Mais est-ce vraiment de cela dont j’ai peur ? Ou c’est mon ego qui a peur. Peur de tout ce qu’il voit. De tout ce qu’il comprend.
Changement, changement, changement. Il a peur cet ego, du changement. Peur que j’aille bien. Peur de disparaître.

Une des filles me donne la main. L’autre tient du palo santo au bout des doigts.
Chasser les mauvaises énergies. Attirer les bonnes.

Je me calme. 1 seconde seulement.
L’angoisse revient. Les bouches ouvertes qui hurlent. Le sang. Le tunnel. Ça tourne, ça tourne. 1000 formes. 1000 couleurs. Kaléidoscope.
La voix douce de la fille résonne à mes oreilles.

– Nous sommes là. Nous sommes tous là, maintenant, dans le présent. En chacun de nous se trouvent une obscurité et une lumière. Trouve ta lumière. Tu as toute la lumière en toi. Mais toi seule peux la trouver. Trouve ta lumière.

Le tunnel se transforme. D’obscur il devient lumineux. Lumière blanche, éclatante au bout. Elle m’éblouit, m’aveugle. J’avance vers elle. J’ondule tel un serpent…
J’y suis presque.

– Trouve ta lumière. Trouve ta lumière…

Prête à la toucher, entrer dans ce nouveau tunnel, nouveau monde…
Puis je tombe.
Longue chute. Dans le noir. Cris, sang, pleurs…

Non… Pourquoi…

Le cercle infernal recommence. Mais il faut que ça sorte.
Alors je laisse sortir. Tout, tout, tout.

Les filles s’occupent de moi. Elles ne sont jamais loin.
Mon ami aussi. Il tourne autour de moi sans venir me parler. Puis quand je suis seule à nouveau, il vient. Son voyage est terminé. Il a faim. Il avale une quantité inimaginable de fruits.
Pour ma part, la nausée m’empêche de manger quoi que ce soit. Je suis toujours dans mon voyage, mais un peu plus connectée à mon environnement. Nous parlons, nous nous serrons dans nos bras. Nous pleurons. Nous rions. Ça fait un bien fou. Nous sommes dans notre petit monde. Le reste n’existe plus. Nous nous rassurons. Temps des confidences. À propos de nos histoires, nos doutes, nos apprentissages, nos leçons.
Bienveillance, amour, acceptation, tolérance.
Merci, merci, merci.

– Tu sais qu’il n’est même pas 23 heures, me dit-il au bout d’un moment.
J’hallucine. J’ai l’impression que toute la nuit vient de défiler, mais en fait non.
Je suis dans une autre dimension avec la plante. Autre dimension, autre espace, autre temps.

Parfois M. vient nous voir pour nous demander de rire un tout petit peu moins fort. Nous sommes tellement dans notre monde que nous ne nous rendons pas compte de notre environnement.

À un moment donné, on revient vers le groupe au niveau du feu de camp.
Chants, tambours… Une discussion commence. On s’éloigne à nouveau. On préfère rester entre nous. On a des choses à se dire. Des choses à régler…
Les ondulations, petits à petits, s’estompent.

Mon voyage prend fin doucement. Je comprends des choses, tire les leçons de cette nuit.

Pendant longtemps, l’effet est là. Les serpents me narguent. Ils sont là, tout autour de moi. Mais je n’ai plus la force. La nausée est revenue. Mal de ventre intense.
Chaque fois que je m’allonge dans le hamac, j’ai envie de vomir. Mais encore une fois, je suis trop faible.
Fatigue…
Yeux qui se ferment.

J’ai peur de les fermer et de ne plus me réveiller.

– Anya, tu pourrais marcher ? me demande mon ami.
– Oui. On rentre à la maison ?
– On rentre à la maison.

Depuis, les rêves se suivent. Les messages, les visions continuent…
Des flashs.
Des réflexions.
Des actions…
Je comprends mieux certaines choses, certaines réactions. Mon passé. Mon présent. Moi. Mon environnement. Je comprends mieux ce que je dois faire.
Clarification…
J’ai de nouvelles clés à mon trousseau.

Obscurité / Lumière… J’ai tout en moi. Et j’ai le choix.
De plus en plus, je me révèle.
Puissante.
Sorcière.

Anciens schémas à déconstruire…
De nouveau à créer. À dévoiler, car ils sont déjà là, en moi.

Mon voyage au Brésil est 99% initiatique. Je ne visite pas les lieux. Je visite mon corps, mon esprit et j’apprends plus que jamais dans la difficulté. J’apprends grâce aux obstacles que je dois dépasser, aux situations que je dois surmonter.
Je suis beaucoup dans la reconnaissance.

Je remercie. J’écoute. Je pardonne. J’aime.

Mon article se termine sur ces mots. Mon voyage au Brésil touche à sa fin et justement, ma prochaine destination va me plonger davantage dans ce monde des plantes sacrées puisque je me rends très bientôt en Amazonie Péruvienne afin de m’immerger dans une communauté de Chamans. J’espère que mon récit vous aura apporté quelque chose. Je suis là pour toutes questions et vous dis à très vite pour de nouvelles aventures… Magiques !

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