trek des 3 hauts cols nepal

Passionnée de marche depuis plusieurs années, en octobre 2017, deux mois après le début de mon voyage autour du monde, j’entreprends un trek au Népal : le trek des 3 hauts cols.
Une aventure qui aurait pu se terminer très mal et qui va me marquer à jamais.

En cinq chapitres, je vous emmène avec moi à travers les lignes de mon carnet de voyage écrit au jour le jour sur ce trek.

Émotions, sentiments, pensées griffonnés au cours de cette randonnée… Tout y est.

Ce sera comme si vous y étiez.

MARDI 10 OCTOBRE 2017 | Dans l’avion, quelque part entre Hong-Kong et le Tibet.

Les heures d’avions sont parfaites pour s’assommer des derniers films ou pour se perdre dans ses pensées.
Cette fois, je préfère penser. Faute de films en Français…
Népal.
Depuis que la marche est devenue une de mes activités préférées, je n’ai cessé de rêver de toi.
Toi, pays de la randonnée, des treks, des ascensions. Toi et ton Everest protégé.
J’ai en tête tes hauts sommets enneigés, des images de visages éclairés, de petits drapeaux colorés.
Combien de fois ai-je entendu parler de ton fameux « tour de l’Annapurna », une de tes randonnées les plus connues et combien de fois je me suis dit que moi aussi, un jour, j’irais là-bas !
Mais jusqu’à maintenant, Népal, j’avais un peu peur de toi.

Oh oui, je sais bien que plein d’amateurs arpentent tes circuits. Si eux peuvent le faire, pourquoi pas moi ?
Je ne sais pas.
Tu sais, je crois que mon estime pour moi n’est pas très haute, même si maintenant, après 2 mois de voyage, je commence à apprendre qu’il y a des choses qu’il faut changer.
Je te pensais inaccessible. Je pensais que tu n’étais réservé qu’aux grands sportifs et alpinistes ! Est-ce que je le pense toujours, dans cet avion qui m’emmène vers toi ?
Sûrement un peu moins, car finalement, j’ai sauté le pas. Pourquoi ? Comment ? Je ne sais pas non plus. Je me suis juste imaginé sillonner ton fameux circuit de l’Annapurna, mon sac sur le dos avec en fond les trésors de la nature que tu nous offres.

Et je me suis reposée la question : « bah oui, si eux peuvent le faire, pourquoi pas moi ? »

Mais entre ce que l’on s’imagine et la réalité, il y a deux mondes.
Parfois.
Pas toujours.
Là, est-ce que ce sera le cas ?

drapeaux prieres katmandou

JEUDI 12 OCTOBRE 2017 | Thamel, quartier touristique de Katmandou.

Je me balade dans la poussière des rues bordées de 1001 boutiques de souvenirs. La Mongolie est derrière moi. La Chine, Bornéo, la Malaisie aussi. 2 mois et demi que je suis partie de Paris.
J’atterris en douceur dans un nouveau monde, pour une nouvelle aventure. Je laisse les souvenirs des steppes immenses dans un coin de ma tête et m’imprègne à présent de ces rues bondées formant un grand labyrinthe. Les motos circulent et manquent de m’écraser à chaque fois. On m’accoste de toute part.
« Comment ça va ? Vous venez d’où ? Vous avez besoin d’un guide ? D’un bol tibétain ? »
On me suit pour me vendre un pull, un bonnet ou un violon grinçant.
Les épices me caressent le nez. Toutes ces odeurs qui me donnent envie de tout goûter…

epice monde

Thamel, j’adore. Cette frénésie incessante, cette vie bourdonnante. 
J’adore, mais après une journée à me balader, je sature et non seulement à cause de la pollution sonore et atmosphérique.
J’ai besoin de retrouver un peu de calme.
Besoin de faire « mes plans » pour ce nouveau pays.

katmandou electricite

Les câbles électriques de Katmandou. Un vrai bazar.

tuk tuk katmandou

J’ai le temps. Deux mois. Le 8 décembre, je dois rejoindre mon père et mon grand frère en Inde. Alors, qu’est-ce que je vais faire de ces deux mois ?

Je suis sur le chemin du retour vers mon auberge de jeunesse, à me poser cette question, lorsque quelqu’un m’interpelle. Encore.
Je souris gentiment à cet homme dans la trentaine qui tente de discuter. La nuit commence à tomber et je veux rentrer avant qu’il ne fasse complètement noir, alors je le repousse tout de suite :

– Non, c’est bon, merci. Je ne veux pas d’un guide pour une randonnée.
– Ok d’accord, me répond-il, mais laisse-moi quand même te montrer un petit peu les environs.

Et puis par la force des choses, je me retrouve à arpenter en sa compagnie une nouvelle rue, un nouveau temple…

katmandou seisme

Les débris du séismes de 2015.

katmandou

katmandou pollution

Ce qu’il préfère ? Me prendre en photo avec mon téléphone pour que je puisse avoir des souvenirs de ce moment à Katmandou.
Je passe une heure avec lui. Le soleil projette ses derniers rayons. Il est plus que temps d’y aller.

– Tiens, voilà mon Facebook. Je m’appelle Mohan. Tu me contactes, si tu changes d’avis ! Je serai content de te montrer d’autres choses, ici, en ville ou en montagne.

Il me prend dans ses bras, me serre fort contre lui. Même si les câlins me manquent, je reste stoïque. La seule chose à laquelle je pense c’est :

  1. J’espère rentrer en vie à mon auberge de jeunesse maintenant qu’il fait presque nuit et que tous les chiens errants commencent à aboyer.
  2. J’espère que je ne te reverrai plus jamais, Mohan, même si j’ai maintenant ton Facebook.

Pas trop sociable, moi, parfois…

epices katmandou

VENDREDI 13 OCTOBRE 2017 | Thamel — À nouveau.

Ce matin, je me réveille malade. Enfin, malade, c’est un grand mot.
J’ai la gorge qui commence à me brûler et j’ai du mal à avaler.
Pollution ?
Sûrement.
Mais j’ai aussi l’habitude d’être toujours un peu malade. Faible, fatiguée. De plus en plus chaque année.
Alors je retourne à Thamel pour chercher du miel. Opération huiles essentielles. Hors de question que mon état s’aggrave si je veux partir en trek.

Je sors de mon auberge. Des chiens aboient, des chèvres me regardent passer d’un air las (peut-être savent-elles qu’incessamment sous peu, elles se retrouveront dans une casserole à bouillir). Et puis il y a toujours ces motos. Partout, partout, partout. Ça ne s’arrête jamais.
Pour me rendre à Thamel, je dois traverser une seule fois « un passage piéton », si seulement on peut appeler ça comme cela.
La circulation est dense. Les véhicules foncent. Et moi, pour traverser, je dois juste me lancer. Faire le premier pas. Continuer à avancer dans ce flot de voitures et de motos. En croisant les doigts pour qu’on s’arrête à 1 centimètre derrière moi.

J’aime ce jeu. J’aime l’absurdité de la situation en fait. Parfois, la vie ne tient qu’à un passage piéton inexistant.

Puis j’arrive dans Thamel, prends la rue qui monte face à moi. Ici, je devrais réussir à trouver du miel facilement. Je rentre dans la première boutique. En deux minutes, affaire réglée, je sors et m’arrête net parce que quelqu’un me bloque le passage.

– Anya ?

Bah oui, bien sûr. C’est Mohan.
Non, non.
Katmandou, ce n’est pas tout petit.
Et Katmandou, c’est surtout REMPLI !
Quelle était donc la probabilité que je recroise Mohan en sortant d’une boutique à 9 h 30 du matin ?

Ah oui. On est vendredi 13.

Bon, puisque c’est la 2ème fois que je le vois, je décide de mettre de côté mon asociabilité et entame avec lui le discours habituel.

– Oh Mohan ! Incroyable ! Qu’est-ce que tu fais là ? C’est fou quand même ? Et tu vas où ? Et comment ça va ??

Si j’avais su qu’il prenait tous les jours cette rue pour se rendre à son agence de trekking, je ne serai peut-être pas venue dans cette boutique.
Mais bon maintenant que j’y suis, autant l’accompagner jusqu’à son travail.

Après tout, hier mon plan était de faire « mes plans » et je me suis laissé entraîner par M. Procrastination. Vous le connaissez, lui ? Moi, très bien. C’est un très grand ami !

Une fois dans son agence, les trekkings que son chef me propose ne me conviennent pas. Focalisée depuis toujours sur le circuit de l’Annapurna je n’ai que ça en tête et rien d’autre… Je ne sais pas pourquoi, mais les autres treks ne me tentent pas. Et puis c’est hors de prix alors je pars presque en courant de l’agence.

– Oui, oui je vais réfléchir ! je lance en sortant en vitesse du bureau.

Oui bien sûr, bien sûr que je vais réfléchir, pense en même temps, ironiquement.

Mais ça y est, je suis lancée dans la dynamique de chercher. Alors je passe ma journée à lire sur internet des avis, des forums, des sites… Au détour d’une brochure téléchargée sur Google, je découvre le trek des 3 hauts cols.

Mon envie de circuit autour de l’Annapurna se transforme subitement
Comme on change de chemise, je change de sommet.
Au revoir Annapurna… Je préfère à présent marcher autour de l’Everest… Le toit du monde !

Évidence.

C’est CE trek que je veux faire.
C’est une randonnée qui arrive au camp de base de l’Everest non pas par le circuit classique (très fréquenté), mais par les 3 hauts cols : Renjo La (5400 m), Cho La (5420 m) et Kongma La (5535 m).
Vue sur le plus haut sommet du monde, paysages à couper le souffle…

Dans ma tête, c’est l’explosion.

Oui, oui, j’en suis sûre ! Je veux voir ces hautes montagnes de mes propres yeux. L’Everest… L’EVEREST !

C’est l’Himalaya qu’il me faut, non l’Annapurna !

Cela devient limite une obsession. Je ne veux faire plus que cela !

Relever le défi.

Trek des 3 hauts, je te le dis, aujourd’hui, tu deviens mon challenge personnel.

Je m’active donc. Prends des notes. Me connecte à Facebook.

– Mohan, tu connais le trek des 3 hauts cols ?

– Oui bien sûr. Très beau ! Très dur aussi ! La randonnée la plus difficile de la région !

Oui. Je sais. Et c’est pile ce que je veux. Parce que j’ai beau penser que le Népal n’est pas pour les amateurs, j’ai beau avoir peur et ne pas croire en moi, plus on me dit que c’est dur et plus j’ai envie de foncer. Allez savoir pourquoi… C’est comme lorsqu’on dit à un enfant de ne surtout pas mettre la main dans le four parce qu’il va se brûler et qu’il le fait « pour voir ».

Un brin de lucidité reste tout de même en moi. Le trek dure entre 14 et 18 jours avec 3 passages à plus de 5300 mètres d’altitude. Il est vraiment moins fréquenté que le circuit classique qui va jusqu’au camp de base de l’Everest et un guide est très hautement conseillé.

Autant le circuit de l’Annapurna, sans guide, ok, mais là, je n’ai jamais fait ça. Je ne veux pas courir de risques même si je le fais tous les jours en traversant cette foutue route pour me rendre dans Thamel.

– Et Mohan, c’est combien pour partir avec un guide de ton agence ?

Le prix tombe. Mon espoir aussi. C’est à des années-lumière de mon budget.

– Bon. Laisse tomber. Je vais me rabattre sur l’Annapurna sans guide.

Même si à présent, l’Annapurna me tente beaucoup moins.

– Mais Anya, si tu veux, ce qu’on fait, c’est que tu me paies directement. Je m’occupe de tout : avion, permis de trekking, je réserve les logements. Mais comme tu ne passes pas par l’agence, ça te coûte moins cher.

Je ne réfléchis pas plus longtemps. Adjugé, vendu. Ok on y va.

– Bon par contre, tu vas devoir m’attendre un peu, rajoute-t-il. Je pars quelques jours en trek demain avec un groupe…

On est le 13 octobre. On décide de partir le 22. Bon bah… Ne reste plus qu’à attendre !
Ça va m’enseigner à prendre mon mal en patience.

trek nepal trois hauts cols

LUNDI 23 OCTOBRE 2017 | Aéroport de Katmandou.

5 h 30.
J’arrive à l’aéroport de Katmandou.
C’est la 2e fois que je reviens ici en 2 jours.
Pourquoi ? Parce qu’hier mon vol a été annulé, comme tous les autres vols du reste de la journée.

À cause de la météo, seulement deux avions se sont envolés en direction de Lukla, là où je dois atterrir pour commencer le trek des 3 hauts cols.

Et petite précision non négligeable : l’aéroport de Lukla est considéré comme le plus dangereux du monde.

Imaginez-vous une toute petite piste en pente. D’un côté, le vide ; de l’autre, les montagnes. Le pilote n’a pas intérêt à se louper, sinon c’est le crash direct contre les sommets qui l’attendent d’un pied ferme et qui ne bougeront pas pour lui. Alors dès qu’il y a un peu de nuages, les vols sont annulés. C’est fréquent et c’est un réel bazar à l’aéroport. Si mon vol est annulé, je ne suis absolument pas prioritaire pour les suivants. Je dois passer derrière tout le monde et ça complique vraiment la tâche. Retour « case départ » ! Mais c’est pire que le Monopoly !

aeroport katmandou

Quel est donc le bilan pour ce matin ?
Conditions météo : nuages. Toujours.
Un avion est parti. Tous les autres sont encore annulés.
Bref. Pas d’espoir.

– Mohan, tu sais quoi, laisse tomber l’avion. On va faire comme tout le monde, on va prendre l’hélicoptère.

– Tu es sûre Anya ?

– Sûre.

– Ok je m’en occupe. Tu restes là. Tu te renseignes quand même si un avion part et moi j’essaie de négocier les prix.

J’affirme d’un signe de tête et me dirige avec mon sac vers le troupeau agglutiné au bureau de la compagnie aérienne.

J’espère qu’en tant que local et guide, Mohan pourra faire quelque chose…
Parce qu’évidemment, le billet d’hélicoptère coûte extrêmement cher.
Le problème c’est que même si la place coûte un bras, tout le monde se rue dessus. Aucun moyen de négocier une baisse du montant, les compagnies savent que si ce n’est pas moi, un autre pourra mettre n’importe quel prix pour approcher l’Everest !

Je vois Mohan attendre devant les différentes compagnies présentes dans l’aéroport et ma journée est ponctuée de :
« Alors Anya c’est ce prix pour l’hélico, on part tout à l’heure » ; puis : « non en fait c’est ce prix-là » ; et : « c’est bon on a l’hélicoptère pour le prix que tu peux mettre » et finalement : « ah non ce n’est plus possible, ce sera ce prix-là »…

aeroport attente katmandou

J’en ai marre. Je suis fatiguée du bruit, de la chaleur, du froid, du confinement dans le petit aéroport. J’ai faim, j’ai soif et à 17 h, je finis par lâcher en colère :
– Bon écoute Mohan. Toute la journée, tu m’as baladé à travers l’aéroport en me donnant des informations contradictoires. Un coup c’est oui, un coup c’est non.
Alors tu vois, je ne sais plus vraiment si je peux te faire confiance. Parce qu’après tout, toi tu ne perds rien puisque c’est moi qui te paye le billet d’hélicoptère. Un prix, ou un autre, ça ne change rien pour toi. Mais pour moi, si !

Je ne lui laisse pas le temps de me répondre, je veux juste être seule et termine en pleurs avec mon sac à la sortie de l’aéroport.
Mohan rentre chez lui. On se donne RDV demain et après avoir vidé mes larmes devant tous les passagers, je rentre à l’auberge moi aussi.
C’est la déprime donc je glande. Aucune énergie pour faire quoi que ce soit d’autre à part traîner sur Facebook.
Je découvre alors un message de sa part.
« Anya, c’est la 1re fois qu’on me dit qu’on ne peut pas me faire confiance, tu m’as brisé le cœur. »
« Avec mon agence, je devais partir avec un groupe, mais j’ai refusé pour être ton guide et maintenant je regrette tellement. »

Ah ouais ! Quand même !

– Mohan, tu sais quoi, il n’y a pas de soucis. Tu peux te retirer maintenant. Tu n’es en aucun cas lié à moi.

Allez savoir pourquoi, il ne veut pas.
Moi, je ne sais pas si ça m’arrange ou pas.

À ce moment-là, une petite voix commence à me chuchoter que c’est exactement le bon timing pour lui annoncer que je ne veux plus partir avec lui.

Mais ça implique que je dois prendre encore plusieurs jours pour trouver un autre guide ; attendre un avion…

Et après avoir attendu Mohan pendant tant de temps à Katmandou, je ne veux pas tout recommencer. Ma patience à des limites.

Je sors boire un verre avec une copine de mon auberge de jeunesse et Sofiane et Laurène, deux potes rencontrés ce matin à l’aéroport qui ont aussi eu leur vol pour Lukla d’annulé.
Au moins, ça me change les idées.

marche katmandou

epices nepal

TREK JOUR 1 — MARDI 24 OCTOBRE | KATMANDOU (1400 m) — PHAKDING (2610 m) — NAMCHE (3400 m) :

Premiers pas sur le trek des 3 hauts cols.
5 h 30 de marche.

3ème jour à l’aéroport.
À force de me coucher tard et de me lever très tôt, la fatigue s’est accumulée, mais l’énergie reste présente. Je veux faire mon trek. Et je vais le faire. Même s’il faut que je reste dans ce foutu aéroport pendant 10 autres jours !

Je suis toujours accompagnée de Mohan, mais c’est vraiment tendu entre nous. On ne se parle que pour dire l’essentiel et l’on s’évite du regard.

En fait, on se boude l’un et l’autre, bras croisés, assis à patienter.
J’ai mes pensées qui tournent en boucle.
Et si… et si… et si…

Pitié taisez-vous !

Je veux juste faire taire mes doutes concernant Mohan, en me disant qu’une fois sur le trek, la tension apaisée, tout ira pour le mieux.

6 h. On est censé prendre l’hélicoptère qu’on a réservé hier soir.
Le patron de HeliEverest, la compagnie d’hélicoptère, appelle Mohan et lui annonce que finalement, on ne partira qu’à 7 h
Sauf qu’à 7 h, toujours rien. Un premier pas est néanmoins fait. On m’a pesé avec mon sac et j’ai reçu mon billet. C’est déjà ça ! Ça veut dire que ça avance !

stuppa katmandou

Plusieurs heures passent… On attend toujours. Avec nous, il est censé y avoir un groupe de 4 autres personnes. Sauf que quand je demande où ils sont, Mohan me répond vaguement qu’ils sont quelques parts, là, dans l’aéroport.
J’en viens à douter. Existe-t-il vraiment un groupe ou sont-ils en train d’en chercher un pour compléter l’hélicoptère, ce qui expliquerait pourquoi ça prend autant de temps ?
Le patron nous dit depuis plus d’une heure que l’hélicoptère arrive dans 10 minutes… C’est énervant.

Et enfin, à 12 h, on nous fait signe de venir. Je bondis aussitôt de mon siège !
L’hélicoptère est là ! Je n’y croyais plus ! Je pensais que ça allait être comme hier, que j’allais attendre toute la journée pour qu’on me dise à la fin qu’en fait non, il n’y a pas de place pour moi.

Je rencontre le groupe avec qui je vais faire le trajet. Ce sont 4 Espagnols. Le patron me laisse même la place de devant dans l’hélico, c’est la 1re fois que je vais voler dans cet engin-là !
Je retrouve le sourire. Mohan aussi.

On va enfin pouvoir partir !

helicoptere nepal

Le pilote nous fait un rapide briefing et quelques minutes après, nous voilà déjà en train de décoller. La sensation est totalement différente de celle d’un décollage d’avion. Déjà, ça tremble bien plus et ça fait un bruit assourdissant. Très vite, on survole Katmandou et on arrive au milieu de la nature.

vue ciel katmandou

Les petits villages sont entourés de rizières. Les maisons sont colorées et détonnent dans le vert des montagnes. Au loin, j’aperçois des petites fourmis au dos bleu, rouge, orange… D’autres trekkeurs !

helicoptere katmandou

vue ciel nepal

Le ciel est gris, très nuageux. Un seul sommet enneigé se montre le temps de quelques secondes. Mais c’est déjà bien suffisant pour m’impressionner et ça promet de magnifiques choses durant ce trek !
Après 45 minutes de vol, l’hélicoptère se pose sur une piste au milieu de la forêt. Bienvenue à Phakding ! 1re étape !
helicoptere

helicoptere phakding

Je suis contente de ne pas avoir atterri à Lukla, l’étape juste d’avant. Ça m’évite 3 h de marche que je ferais de toute façon au retour et ça me permet de gagner une journée.
Mon but maintenant est d’arriver directement à Namche Bazar et d’y arriver avant la nuit, surtout ! Il est déjà 13 h et il est indiqué que l’étape demande 7 h à 7 h 30 de marche. Le problème c’est qu’à 18 h 30, il fait nuit.

– On va essayer d’aller le plus loin possible et on verra où on arrive, ok ? me dit Mohan.

Moi, je sais que ce soir, je serai à Namche, même si je suis fatiguée après ces nuits à peu dormir et ces journées à attendre dans une mauvaise ambiance. C’est ce que je veux.

Là-bas, Sofiane et Laurène m’attendent. Ma soirée avec eux hier m’a donné envie de les revoir ! Tous les deux dans le milieu médical, on a tout de suite eu un très bon contact. Alors puisqu’ils réalisent aussi le trek des 3 hauts cols, pourquoi ne pas partager un petit bout de route avec eux ?

À peine sorti de l’hélicoptère, on se pose dans un refuge. Pendant que ma soupe se prépare, je remplis mon réservoir d’eau. Deux mois que je le transporte dans mon sac « tour du monde » et enfin, j’ai l’occasion de l’utiliser.
Je n’ai pas vraiment faim, mais comme je n’ai quasiment pas mangé ces derniers jours, je me force un peu. Mon corps a bien besoin d’énergie pour avancer.

13 h. Le trek commence. On traverse le village de Phakding ainsi que d’autres villages en chemin. Le temps est toujours aussi nuageux et dès que je m’arrête, le vent me glace la peau. Je croise beaucoup de personnes allant vers Phakding, mais très peu vers Namche. D’un côté, il est tard. Les trekkeurs sont presque tous arrivés là-bas tandis que moi, j’en suis qu’au début…
Je croise mes premiers yaks guidés par un homme avec son bâton. Ils portent d’énormes sacs de chaque côté de leurs flancs. Ce sont la plupart du temps les affaires des trekkeurs qui les suivent. Je rencontre aussi mes premiers Sherpas, « le peuple de l’Ouest » qui vit dans ces montagnes de l’Himalaya. J’en croise quelques-uns dans les villages, mais la plupart du temps, c’est sur la route que je les vois, à porter d’énormes sacs tenus grâce à une sangle sur leur front. Beaucoup d’entre eux sont très jeunes. Ils ont l’air d’avoir entre 12 et 22 ans. Je trouve qu’ils ont un beau visage avec des traits bien caractéristiques, mais j’ai surtout l’impression qu’ils sont tous pareil ! Certains marchent en tongs… Je me demande comment ils font. De manière générale, ils sont assez petits et tout fins ! Alors je sais que les charges que leur donnent les touristes à porter sont leur source de revenus, mais ça me fait vraiment de la peine de les voir ainsi…

porteur nepal

Je croise des sherpas et je suis impressionnée !

Les trois premières heures du trek passent assez vite. Le terrain monte un peu, mais revient aussitôt sur du plat. Et moi, lorsque c’est du plat ou de la descente, je fonce ! On marche à vive allure et ça nous fait gagner beaucoup de temps. Ce n’est quasiment que de la forêt autour de moi. Mais il faut dire que tout le reste est plongé dans les nuages donc je ne vois pas plus loin que les arbres. Les villages qu’on traverse sont assez jolis avec leurs drapeaux de prières de toutes les couleurs accrochés un peu partout.

C’est un décor que j’ai vu tellement de fois en photos ! Sauf que là, c’est de mes propres yeux que je peux admirer cela !

D’ailleurs, je n’arrive toujours pas à croire que je suis en train de trekker au Népal. Pour moi, ça représente tellement ! Je pensais cela inaccessible, réservé aux trekkeurs très expérimentés et finalement, me voilà, ici, à marcher sur les pas des plus grands en direction du camp de base de l’Everest.
Je crois aussi qu’une partie de mon esprit est encore à l’aéroport. Entre ce matin à Katmandou et cet après-midi en route vers Namche ; j’ai l’impression qu’il s’est écoulé deux jours !

trek nepal

En marchant, j’amorce la discussion avec Mohan, histoire de faire disparaître les tensions et de lui montrer que ça y est, plus besoin de se faire la tête…

Je suis en train de lui parler du livre que j’ai commencé : « Tragédie à l’Everest » de Jon Krakauer, lorsque je vois à dix mètres de moi, un Sherpa s’effondrer. Tout son corps se met d’un coup à trembler et je sens mon cœur s’emballer. J’alerte Mohan qui n’a pas vu ça et cours en direction du Sherpa. Il suffoque, son corps est pris de secousses et ses yeux se révulsent. Il est en train de faire une crise d’épilepsie. À côté du Sherpa, il y a les autres porteurs qui marchaient avec lui ainsi qu’une randonneuse, infirmière à la base. Lorsque la crise se termine, le Sherpa ne sait plus qui il est et surtout, il ne sait même pas qu’il est porteur et qu’il doit continuer à monter les affaires des trekkeurs jusqu’à Phakding… Je me sens vraiment bouleversée et triste pour lui.

En plus de cette vie difficile qu’il a dans les montagnes, s’ajoute à cela la maladie.

Une maladie qui peut lui être fatale si celle-ci se manifeste alors qu’il est en train de porter de lourdes charges près d’un ravin…

Je reprends mon chemin sur ces pensées…

À présent, la partie difficile avant d’arriver à Namche démarre.
1re montée assez raide. Puis, un grand pont suspendu me fait face. Des mètres et des mètres en dessous coule une rivière très agitée.
Je traverse ce pont et continue la montée. Ça va durer deux heures en tout. Le chemin est en lacet, assez raide. De nombreuses marches, bien hautes, cassent mon rythme et m’essoufflent toujours un peu plus. On fait une 1re pause au bout de 10 minutes. Je me sens bien. Mon cœur reprend rapidement son tempo normal.
On continue encore pendant 20 minutes. La fatigue est un peu plus présente. Je rencontre un couple d’Allemands qui m’informent qu’il reste encore 1 h 30 de monté. Je ne sais pas si ça m’encourage vraiment. Eux marchent assez vite. Il faut dire qu’ils n’ont qu’un petit sac sur leur dos. Le porteur s’occupe du reste ! Moi, je me tape mes 16 kilos ! Et ça, ça change vraiment, mais vraiment tout !

trek namche bazar

Mohan me propose de manger durant cette 2e pause, je refuse, mais je lui dis de me prévenir lorsqu’on arrivera à la moitié de la montée. C’est là que j’utiliserais mon joker : mon Snickers, pour me donner du courage.
On repart alors, mais quelques minutes me suffisent pour me rendre compte qu’en fait, ça ne va pas. J’ai faim, j’ai trop peu mangé et je sens que je manque de sucre.

Je commence à voir flou et à avoir mal à la tête. Alors je m’arrête et utilise mon joker.

Une fois mon Snickers en bouche, je me sens un tout petit peu mieux. Sauf que maintenant, mon cœur a du mal à ralentir et finalement, tout ce sucre d’un coup me donne la pâteuse et la nausée. Au fond de moi, je sais que c’est à cause de la fatigue et de l’effort soudain que j’impose à mon corps avec ces 16 kilogrammes dans le dos. Je ne fais pas de sport durant l’année et j’ai trop peu mangé ces derniers jours pour être en pleine forme.

Mais malgré cela, ça commence à être la panique dans ma tête. Et si c’était le mal de l’altitude ? Et si… ? Et si… ?

J’avance tant bien que de mal ! Je fais des pauses en même temps que les Sherpas et ne marchent pas plus vite qu’eux. Certains randonneurs me dépassent. Au moins, je ne suis pas la seule à aller vers Namche.
De temps en temps, j’ai quelques pics d’énergie, mais ça redescend aussitôt et je me sens alors encore plus mal. La nuit tombe doucement… Les arbres qui m’entourent rendent le chemin encore plus obscur.
Plus qu’une heure… Plus que trente minutes…

pont trek nepal

Malgré le fait que j’ai la sensation d’avancer très, très lentement, je suis encore dans les temps ! Mais j’ai l’impression que je ne vais pas y arriver ! Je panique de plus en plus, je ne dis plus un mot. J’essaie de rester focus le plus possible sur mes pas.
Un groupe d’hommes me dépasse. Un Allemand-Mexicain et un Espagnol m’encouragent.
– Ce n’est plus très loin ! On y est bientôt ! me disent-ils.
Et en effet, on sort des bois, il fait d’un coup plus clair et les premières maisons de Namche se dessinent. On se salue d’un sourire, ils me dépassent et puis soudain, je sens que je suis à la limite de m’évanouir. Je dis à Mohan que je ne vais pas bien du tout. On s’arrête et on décide alors d’échanger nos sacs même si on est à dix minutes d’arriver. Son sac est bien plus léger que le mien, ça me soulage beaucoup et mon pas s’accélère. On rattrape le groupe d’homme… Et enfin, j’y suis ! Namche !

Je suis tellement heureuse que pendant un instant, j’oublie à quel point je me sens faible.

Notre refuge pour la nuit, « Zambala », se situe juste à côté de l’énorme Stuppa de Namche.

On est dans la partie basse du village et ça me va très bien parce que franchement, je ne pouvais pas faire un pas de plus !
Mohan me montre ma chambre. C’est une petite pièce avec deux lits simples.

– Anya, dis-moi, je peux dormir aussi ici, ce soir ? me demande Mohan en restant dans l’embrasure de la porte.

Normalement, il y a une salle réservée pour les guides et les porteurs… Pourquoi me demande-t-il de rester là ?

– Souvent, il y a vraiment trop de bruits dans les pièces réservées pour nous, ajoute-t-il, comme s’il avait lu dans mes pensées.

Ça m’embête carrément qu’il dorme avec moi, mais je ne sais pas comment lui dire non. J’ai peur qu’encore une fois, il se vexe comme les derniers jours. Alors à contrecœur, je lui réponds que oui, en haussant les épaules, histoire de lui faire comprendre que ça ne m’enchante pas vraiment. Je m’attends à ce qu’ils me disent : « Bon, non, ok, c’est bon je vais dormir ailleurs », mais Mohan s’en fiche complètement. Après tout, il a eu ce qu’il voulait…
Puis je repense à ce que Sofiane m’a dit lorsque je l’ai rencontré à l’aéroport : « Les guides et les porteurs ont leur pièce. Ne le laisse surtout pas dormir avec toi ! » et finalement, je me dis que oui, merde, je n’ai aucune envie que Mohan s’installe dans ma chambre ! La chambre pour laquelle JE paye en plus ! S’il veut avoir sa chambre, qu’il se la paye lui-même !

– Mohan, en fait, non. Désolée, mais je préfère avoir mon intimité.

Lorsque je lui annonce cela, il fait une sale tête. À son tour de me dire à contrecœur qu’il est d’accord. Mais comme lui, je me fiche de ce qu’il peut penser.

Il est temps de ne plus se laisser marcher sur le pied et de savoir dire NON.

Mon dîner se compose de patates et d’œufs. Je n’ai absolument pas faim tellement la nausée est forte. Chaque mouvement est un supplice. J’ai zéro énergie, la seule chose que réclame mon corps, c’est un peu de repos !
Ça m’inquiète. Je ne pense pas que ce soit le mal de l’altitude. Je pense tout simplement qu’après une bonne nuit de sommeil, ça ira mieux. C’est l’effort soudain qui me rend nauséeuse. Comme lorsque l’on vomit après avoir couru trop vite… Mais quand même, je ne suis pas sereine !

Il y a peu de monde dans la salle commune et il fait vraiment très froid. Juste avant que Laurène et Sofiane me rejoignent, je demande à Mohan comment est sa chambre, histoire qu’on ne se regarde pas dans le blanc des yeux sans prononcer un mot. Il insiste bien sur le fait que c’est très sale et que ça pue.

Oui… Bon eh bien c’est comme ça, hein.

Sofiane ce soir ne se sent pas très bien. On termine rapidement notre discussion sur les hélicoptères, les guides, notre première journée de marche et notre itinéraire pour les prochains jours…

namche bazar

21 h 10. Je troque mon pantalon de randonnée contre mon legging en laine, mon T-shirt contre mon mérinos à manche longue, j’enfile mon pull et même la capuche ! Un pansement sur ma 1re ampoule et au lit ! Bien sûr, je m’endors immédiatement.
Demain est un autre jour

J’espère que ce premier récit de voyage au Népal vous plaît et si c’est le cas, ce serait super de me le faire savoir en commentaire ! J’aime toujours avoir vos retours.

Pas de conseils de voyage ou de sections « pratiques » avec des choses bien concrètes comme par exemple le prix des différentes prestations. Le but, là, c’est vraiment de vous ouvrir mon carnet de bord et de vous emmener voyager marcher avec moi !

Pour lire la suite de l’aventure, il suffit de cliquer ici.

LA VIDÉO