Ça y est, mon trek au Népal a bel et bien commencé ! Il m’en a fallu de la patience, mais le bonheur de découvrir mes premiers villages et mes premières montagnes en vaut vraiment la peine.
On dit souvent que le premier pas est le plus dur à faire, non ?
Alors c’est ce qu’on va voir.

Pour relire le récit de ma première journée de randonnée sur le trek des 3 hauts cols, c’est ici.

TREK JOUR 2 — MERCREDI 25 OCTOBRE 2017 | NAMCHE (3400 m) — THAME (3800 m)

La montagne, un manège de parc d’attractions.
3 h 30 de marche.

J’ai passé ma nuit à suffoquer. Mal de l’altitude ? Ou juste la sensation d’étouffer dans mon sac de couchage bien trop chaud pour moi avec tous mes vêtements ?
Ce qui est sûr, c’est qu’elle a été marquée par de nombreux réveils et totalement achevée lorsque mes voisins de chambre ont commencé à cogner contre le mur…
6 h 30. Je me lève. Toujours fatiguée, mais moins qu’hier ! Enfin bon… Des heures de manques de sommeil, ça met du temps à se rattraper. Je prends mon petit-déjeuner en silence à côté de Mohan : 2 chapatis (un type de pain Indien) avec du beurre et de la confiture d’ananas.

8 h 10. C’est, absolument pas rassasiée, que je commence ma journée de trek. Ça monte immédiatement avec de grandes marches très raides. Eh oui ! Il faut bien dépasser le village de Namche qui est tout en hauteur !

Comme je suis arrivée tard hier, ce n’est que depuis ce matin que je peux avoir un petit aperçu de ce vaste village. Les boutiques North Face se mêlent aux produits artisanaux (bonnets, gants, bijoux) excessivement chers. Vu de l’intérieur, Namche ressemble à une station de ski à l’ancienne avec ses nombreux lodges, ses bars, ses boutiques et ses trekkeurs.

trek namche bazar

Vu d’en haut, c’est comme tous les villages que je croise depuis le début, mais en plus grand : maisons colorées et drapeaux à prières dans tous les sens.
Un gros nuage couvre la moitié des habitations et moi, je m’élève doucement, le cœur déjà tambourinant. Je sens mon petit-déjeuner remuer dans mon ventre et j’espère vraiment ne pas me retrouver dans le même état qu’hier. Je laisse tomber aussi l’idée de croiser Laurène et Sofiane. Ils ont dû partir 10 minutes avant moi et sans leurs sacs, leur allure est bien plus rapide que la mienne. Après cette première grosse montée, le chemin redevient plat. Il descend un peu, remonte juste après, mais ce n’est pas trop difficile ni fatigant.

namche bazar

Vue sur Namche Bazar

namche trek nepal

À ma gauche, entre deux nuages, apparaît un magnifique sommet enneigé. J’explose de rire. C’est un rire de joie et c’est l’effet que ça me fait lorsque je tombe sur quelque chose de grandiose en montagne.

neige nepal

Puis, le chemin s’enfonce dans une sorte de forêt. À 3500 mètres d’altitude, il y a encore tant de végétations. Ici, on a un climat subtropical et non alpin comme en France. Ça explique tous les grands sapins verts autour de moi, les buissons et les fleurs rouges ou jaunes… Mais je ne m’y fais toujours pas !

Pendant 2 heures ; on marche à bon rythme. On descend plus qu’on ne monte. On traverse des villages, on longe une large rivière. À un moment donné, il va bien falloir qu’on remonte pour atteindre les 3800 m !

Et en effet, ça arrive ! Et ça devient difficile.
Casquette sur le crâne, crème solaire sur le nez…

J’ai chaud à cause de l’effort, mais je ne vois pas le soleil et je sais qu’en fait, il fait bien froid. Mes mains sont rouges et engourdies.
La 1re grosse montée me fatigue, alors que ça ne fait pas si longtemps que je marche !
J’ai vraiment du mal, je manque de souffle et pourtant, il y a encore de l’oxygène par ici ! Mon épaule gauche, celle que je soigne à coup de rééducation depuis 1 an, commence à me lancer.

Super, des mois chez la kiné, 3 à 4 fois par semaine, pour rien…

Le village de Thame est bien loin ! Mais je l’aperçois. Il se trouve sur une autre montagne, sur un autre versant. Il y a encore du chemin.
Il faut redescendre jusqu’au niveau de la rivière, traverser le pont et tout remonter ! Rhaaa… La montagne ! C’est comme un manège de parc d’attractions. Monter, descendre, monter, descendre… Sauf que là, c’est nous qui devons nous bouger !

cascade trek nepal

Je trouve mon sac lourd. Tellement plus lourd qu’hier !
Mohan me propose son aide, mais je refuse toujours. Je veux vraiment y arriver avec ce sac ! C’est ça qui fait tout le jeu ! C’est ça qui rend la partie difficile ! Sinon, c’est presque gagné d’avance !

Puis je pense à ces deux vieilles dames que je viens de croiser avec des paniers ÉNORMES, remplis de feuilles, qu’elles portent sur leur front !

Il faut que j’y arrive !

Je souffle un coup et je repars. J’ai le droit à un moment de répit puisque c’est de la descente. Le paysage est absolument incroyable. On s’enfonce dans la vallée, une immense cascade rythme mes pas. En 10 minutes, j’atteins ce fameux petit pont que je dois traverser.
Je le dépasse et me blinde l’esprit. Mohan m’annonce qu’il nous faudra une heure à partir de maintenant pour rejoindre Thame.
Je commence à avancer. À très petits pas. Un pied devant l’autre. Encore ces marches qui cassent le rythme…

riviere nepal

Marcher au rythme de la rivière

Surtout, j’essaie de ne pas regarder devant moi, de ne pas regarder tout ce qu’il me reste à monter. Je suis concentrée sur mes pas, sur le sol, sur mes chaussures. Le grondement de la rivière s’estompe peu à peu. J’arrive sur l’autre versant de la montagne et laisse le paysage que je connais derrière pour en découvrir un nouveau, face à moi. Il n’y a plus de sapins ici, mais toujours des tas de buissons verts.
Les sommets enneigés sont cachés sous de gros nuages, mais des pics de roches restent visibles, imposants, impressionnants. J’aime ce paysage.route trois hauts cols nepal

thame trek trois hauts cols

Premiers pas dans le village de Thame

riviere trek trois hauts cols
Dernier tournant et les maisons apparaissent enfin !
Thame est divisée en une partie basse et une partie haute. Et nous, c’est en bas qu’on s’arrête ! Youpi ! (Enfin, je suppose qu’on va bien devoir monter le reste à un moment donné.)
Je regarde ma montre. 30 minutes qu’on monte.
30 minutes seulement !
Alors moi qui avais l’impression de marcher encore plus lentement qu’un escargot… C’est une belle surprise !
Quand j’arrive au Sunshine, mon refuge pour ce soir, il est 11 h 30. J’ai encore toute la journée devant moi ! Parfait, je vais pouvoir me reposer.

thame nepal trek

À l’auberge, même scénario. On me montre ma chambre. Une petite chambre aux couleurs bleu délavé… ça donne encore plus froid ! Cette fois, Mohan ne me demande pas de rester et tant mieux !
J’attends un petit peu que le calme revienne dans mon corps. Je suis affamée, mon ventre gargouille, mais je sais que si je mange immédiatement après l’effort, je risque de tout vomir ou de ne pas pouvoir finir mon plat à cause de la nausée.
Je profite alors de ce temps pour donner des nouvelles à ma famille. Leur écrire est mon booster quotidien. Même si je dois payer 5 $ pour ça ! (Eh oui, les prix du wifi et de la nourriture haussent en même temps que l’altitude, ici !)
Normalement, Sofiane et Laurène devraient aussi se trouver à Thame, mais ils sont injoignables. Tant pis. Je suppose qu’on se croisera une autre fois, puisqu’il n’y a pas 40 000 chemins !

refuge thame

Et enfin, quand j’estime que l’attente a été suffisamment longue, j’engloutis mon dal baht végétarien, plat traditionnel Népalais composé de riz, d’une soupe de lentilles et d’un curry de légumes ! Si je ne veux pas risquer de tomber malade, j’ai intérêt à éviter la viande qui est montée depuis le bas de la vallée et donc pas forcément bien fraîche.

Le petit jeune qui s’occupe du service dans le lodge me fait rire chaque fois qu’il reçoit une commande. Il crie à travers une petite fenêtre qui fait la liaison cuisine-salle commune un grand « MAMAAAAA » suivi du plat désiré.

Avec moi, il y a quelques Polonais dans le salon. D’origine polonaise également, ça fait comme un air de « à la maison » quand je les entends parler, ça m’apporte alors un petit peu de chaleur ! Et qu’est-ce qu’il m’en faut ! Parce qu’il fait si froid (même à l’intérieur) que j’en tremble !

dal bhat trek nepal

sunshine refuge thame

Avec Mohan, on discute de la suite de notre itinéraire. Il me dit que demain, on va continuer jusqu’à la prochaine étape : Lungden. Là-bas, on pourra faire une marche d’acclimatation qui consiste à monter encore plus haut, mais redescendre dans la même journée afin de passer 2 nuits à une même altitude. Il m’annonce qu’avant de passer le 1er col, le col de Renjo La, on fera seulement ce petit trek pendant la journée de repos. Ce trek n’a pas vraiment d’intérêt au niveau de la beauté des paysages, mais c’est histoire d’être bien en jambe et de s’acclimater !

Sauf qu’en discutant avec un autre guide, j’apprends que normalement, la journée de repos se fait à Thame et qu’ici, on peut faire l’ascension du Sunder Peak pour s’acclimater. C’est une randonnée superbe qui offre une magnifique vue.
Alors bien sûr, entre le trek sans intérêt et ça, je préfère sans aucun doute la seconde option ! J’en parle à Mohan sans trop lui laisser le choix, mais clairement, ça ne l’enchante pas du tout que je veuille réaliser l’ascension du Sunder Peak plutôt que de continuer directement jusqu’à Lungden. Il me fait même la tête.
Et moi, ça m’énerve carrément qu’il ne me propose pas les meilleures options. C’est lui le guide, ou pas ?!

Ma soirée, je la passe à avancer dans « Tragédie à l’Everest. »
Je m’arrête au moment où Jon Krakauer trouve deux corps congelés dans la montagne… Je peux vous dire que quand je reviens dans ma chambre toute bleue, glaciale, sur ces derniers mots, je ne me sens pas super bien…
J’envoie alors un message à mes parents.

J’ai peur pour demain. 1500 m de dénivelé d’un coup. C’est la première fois que je suis à 3800 m. Et puis je vais passer directement à 5300 m d’altitude ! J’ai peur de la montée, j’ai peur de la difficulté. J’ai peur qu’il m’arrive quelque chose en chemin, ou là-haut. J’ai peur de ne pas réussir, que ce soit trop dur pour moi.

J’ai peur de me retrouver face à ce moi que je n’aime pas, face à ce moi qui se dénigre et qui me dit que je suis nulle et que je ne vaux rien.

La réponse de mon papa m’apaise :

Fais de ton mieux Anya, il n’y a aucun point à gagner.

C’est vrai ça. Il n’y a aucun point à gagner.
Il est 20 h. Je m’endors sur cette pensée en essayant de respirer tranquillement.

TREK JOUR 3 — JEUDI 26 OCTOBRE | THAME (3800 m) — SUNDER PEAK (5300 m) — THAME : à moi les 5300 mètres d’altitude !

3 h 30 de montée / 1 h 30 de descente.

Quand mon réveil sonne ce matin à 5 h 45, je n’ai qu’une envie : rester dans mon lit, bien au chaud.
Mes yeux ont du mal à s’ouvrir malgré le fait que je me sois couchée tôt. Encore une fois, j’ai passé la nuit à suffoquer. C’est certainement dû à l’altitude. Je sens que je manque d’air ici. Je m’en rends compte quand je cours de ma chambre au salon… 10 mètres… et je suis essoufflée comme après un marathon !

Mais il y a aussi le fait que j’étouffe de chaud durant la nuit. Le problème, c’est qu’au coucher, il fait si froid que je m’enroule dans toutes mes couches pour essayer de m’endormir rapidement et ne pas trembler pendant des heures. Et puis bien sûr après, j’ai trop chaud.

Cette nuit, j’ai aussi été malade. Qu’est-ce que j’ai mangé encore pour être malade ? C’est fou quand même ! Être toujours malade depuis mon arrivée en Asie ! Puis ce n’est vraiment pas terrible d’avoir le ventre complètement retourné pour une journée de trek. Ce n’est pas comme s’il y avait des toilettes tous les deux mètres dans la nature. Pire encore… ce n’est pas comme si je marchais toute seule ! Là, j’ai un type qui me suit juste derrière et ce type s’appelle Mohan !

En m’habillant, j’inspecte les deux bosses qui se sont formées de chaque côté de mes hanches. Elles s’ajoutent à mes deux cicatrices faites sur le tour du mont Blanc quelques mois auparavant, lorsque je me suis brûlé à cet endroit à cause de la sangle ventrale de mon sac… Super ! J’ai l’impression de ressembler à la nana dans le film The Wild (si vous ne l’avez pas encore vu, je ne peux que vous le conseiller !), quand elle montre toutes les blessures physiques que sa grande randonnée lui fait.

5 h 50. Je sors de la « partie chambre » de la guesthouse pour me rendre dans le salon afin de prendre mon petit-déjeuner.
C’est le choc. Face à moi, je découvre d’immenses montagnes noires et blanches ! Hier, cachées par les nuages, je ne m’étais même pas imaginé qu’elles pouvaient être là !
C’est impressionnant ! Je suis émue. C’est la première fois que je me trouve face à de tels sommets si proches de moi !

sommet trek trois hauts cols

Vue surprenante au réveil

Mais le temps presse un petit peu. Il ne faut pas qu’on parte trop tard. J’avale rapidement mes patates, une omelette ultra salée et mes toasts à la confiture au goût alcoolisé puis passe mon tout petit sac sur mon dos avant de sortir dans l’air frais. (Eh oui ! Le gros peut rester à Thame aujourd’hui puisqu’on revient ici tout à l’heure ! Quel soulagement !)

7 h. C’est le départ. Dès la sortie du village, je vois bien que Mohan ne sait pas trop où il va…

Non, mais je rêve où il n’a jamais fait cette ascension ?!

On dépasse la partie haute de Thame (celle qu’on n’a pas atteinte hier) puis deuxième coup de stress. Mohan ne se dirige pas du tout… On retourne sur nos pas, parce que clairement, le chemin, ce n’était là. Je repense à Tragédie à l’Everest.

Ça y est, on va se perdre dans la montagne et je vais crever comme tous les autres parce qu’il fait trop froid.

Je suis déjà à bout de souffle. Là, je sens que je marche en haute altitude !

vue matin thame

trek sunder peak

Tout de suite à la sortie de Thame, on croise le guide du couple de Polonais qui sont dans la même auberge que moi. Ils sont partis avant nous, ce matin, mais le guide, marchant devant eux, n’a pas remarqué que les deux Polonais ne le suivaient plus… Alors, il les a perdus.

Génial.

J’ai au moins de « la chance » que Mohan ne me fait pas ce coup-là.

J’ai vraiment, vraiment envie d’y arriver aujourd’hui. Alors dès le début ; j’avance très lentement. Petit pas par petit pas. J’essaie de ne pas regarder le sommet de la montagne que je grimpe, mais je ne peux m’empêcher de contempler ceux autour de moi. Blancs, ou noirs. Immenses. Ils dépassent les nuages donnant au paysage un air de paradis.

Le chemin est en lacet. Plus je monte et plus respirer devient difficile.
Je fais très peu de pauses. Je préfère marcher lentement, ne pas surmener d’un coup mon cœur plutôt que de faire des pauses toutes les 5 secondes. Enfin, après 2 jours de marche, je retrouve MON rythme personnel. Celui qui me permet d’avancer sans maudire la terre entière à chaque pas.
J’arrive au sommet de cette première montagne et découvre enfin la vue de l’autre côté. Au loin, mais vraiment très, très au loin, on peut imaginer le village de Lungden. Demain, c’est là-bas qu’on devra aller.
Au-dessus de la vallée s’étendent de nouveaux glaciers. J’en prends plein les yeux. Je suis impressionnée. Contrairement au jour précédent, il fait si beau aujourd’hui. Bien sûr, il fait toujours aussi froid, mais le ciel est dégagé et ça, c’est plus qu’agréable !

vue sommet thame

thame trek trois hauts cols nepal

Puis je reviens à mon chemin à moi. Je lève la tête et fais face à un sommet de pierre. C’est ici que je dois continuer. Le bout du Sunder Peak paraît si proche… et en même temps si loin, étant donné que j’ai encore 800 mètres à grimper !

Cette fois, je prends un peu plus de pauses pour reprendre mon souffle. Je guette les moindres signes de maux de tête, mais rien. Je n’ai rien. Chaque fois que je m’arrête, ça va tout de suite bien. Je parle normalement, respire normalement et mon cœur revient aussitôt à son rythme initial. C’est parfait.

Quand je regarde le sommet, j’ai l’impression qu’il ne s’est pas rapproché d’un mètre ! Je me sens parfois découragée…
Et puis d’un coup, mon moral flanche.

C’est trop dur. Je ne vais pas réussir à finir… C’est vraiment trop dur.

Alors je m’assois pour la 1re fois depuis qu’on est parti. Je bois un coup, regarde le sol… J’essaie de retrouver mes esprits, de concentrer mon énergie.

Allez Anya. Ça va le faire. Ça va aller.

Je souffle fort. Plante mes bâtons dans le sol histoire de dire à la terre sur laquelle je pose mes pas que je suis là, je suis bien là… Je me relève et repars.

Le chemin est toujours en lacet, mais ils sont de plus en plus serrés et de plus en plus raides.
La terre a laissé place à de gros rocs qui bougent sous mes pas.
J’ai de moins en moins de souffle, mon esprit divague parfois et part vraiment loin ! Ça me fait perdre l’équilibre et basculer.

montee sunder peak

sunder peak trek

Petit à petit, le Sunder Peak se rapproche

Je pense aux jeunes de l’association « l’enfant@l’hôpital », l’association pour laquelle je suis « voyageuse solidaire ». Ces enfants qui suivent mon voyage m’ont fait des dessins et écrit de supers mots. Ça me donne un sourire jusqu’aux oreilles et j’éprouve une telle gratitude à ce moment-là ! Puis d’un coup, j’entends un petit son de cloche !

Quoi ? Je reçois des notifications ? J’ai du réseau ? À cette altitude ?! Avec un peu de chance, je pourrais appeler Papa et Maman une fois là-haut.

Et cette idée-là me donne des ailes ! Ça me motive vraiment et me donne un grand coup de fouet !

Et justement, quand je lève à nouveau la tête, je n’aperçois plus le sommet. Seulement les énormes pierres. Je me dis alors que je ne suis plus très loin. Et puis en effet, encore quelques minutes à monter et me voilà au Sunder Peak ! Je pose mes affaires, reprends mon souffle très rapidement et mitraille le paysage de photos.

anya trek nepal

Je suis à 5300 m d’altitude et je me sens parfaitement bien ! Je ne suis pas sportive. En tout cas, je ne le suis plus depuis des années, mais je voulais tellement y arriver aujourd’hui !

Et malgré la peur, j’ai réussi à rester focus sur mon envie, à ne pas écouter ma petite voix qui me décourageait. Et rien que pour ça ! Je suis fière !

C’est la 1re fois que je me trouve aussi haut ! Ça fait un petit quelque chose quand même ! Un premier défi réalisé ! Quel bonheur !

anya sunder peak

Je dégaine mon téléphone. J’ai encore du réseau. Je tente d’appeler ma mère, mais elle ne répond pas. D’un côté, c’est assez logique. Il est encore tôt en France.
Par contre, mon père décroche immédiatement !

« Papa !!! Devine où je suis !!!! À 5300 m ! Je l’ai fait ».

Dans un grand sourire, je lui montre les alentours et je crois que c’est le meilleur moment ! Pouvoir lui parler d’ici et lui partager mes émotions et ce que je vois en direct ! C’est le moment qui me fait un truc si fort dans le cœur que j’ai l’impression qu’il va exploser !

vue depuis sunder peak

J’ai envie de faire une courte vidéo pour l’envoyer au reste de ma famille en arrivant (histoire que mes 5 $ servent à quelque chose d’utile), mais Mohan me casse complètement dans mon délire. Il est pressé, il a faim, il veut redescendre. Je lui propose mon Snickers.

– Tiens, mange-ça ! Je n’en veux pas.
– Non, je peux encore souffrir quelques heures, me répond-il.

Ça me fait lever les yeux au ciel. Et j’ai carrément envie de le gifler lorsqu’il ajoute :

– En plus, on a mis 3 h 30 pour monter au lieu de 3 h. On en a encore pour 2 h de descente au moins !

Non, mais je rêve ?
Ça m’énerve carrément ce qu’il me dit, mais je prends sur moi. Déjà, tout à l’heure, il m’a complètement déprimé lorsque je lui ai demandé s’il aimait la vue depuis le haut du sommet.

– Mouais. Moi ce que j’aime, c’est les 3 cols ! Mais ça, c’est joli aussi.

Avec sa moue et son haussement d’épaules, j’avais envie de lui hurler que ce n’est pas parce qu’on ne fait pas l’étape d’acclimatation à Lungden qu’on ne va pas faire les 3 cols !

Clairement, je ne dirais pas que Mohan est méchant. Mais ça ne marche pas entre nous. Je ne l’explique pas, mais je n’arrive pas du tout à l’apprécier.

Bien sûr, en 45 minutes, on est déjà à la partie haute de Thame. Il sait bien que lorsque je descends, je ne marche pas vraiment, je cours presque !

2 h de descente, mais oui c’est ça.

Sauf qu’à partir de là, je veux vraiment en profiter. Après tout, je ne vais pas me presser parce que Monsieur a faim. Il avait qu’à accepter mon Snickers.

Le temps est magnifique et je n’ai pas pu observer Thame sous cet angle là ! Les Sherpas me sourient quand je passe et les moines qui sont en classe me font coucou ! Le village a un charme tout particulier. Avec le soleil qui rayonne, je marche en levant la tête et en fermant les yeux (pas tout le temps, hein !).

ecole nepal

L’école de Thame

acclimatation nepal

Bien sûr, j’ai de nouvelles ampoules qui se sont formées sous les doigts de pieds et malgré mon sac tout léger, mon épaule gauche me lance bien… Foutu tendinite !

À mon retour au Sunshine, mon père a transmis mon message de bonjour à ma famille et je suis accueillie avec plein de félicitations ! J’ai aussi Sofiane au téléphone qui m’informe que malheureusement, il a dû redescendre à Namche et qu’il est en route pour Katmandou : mal des montagnes aiguë.
Laurène se retrouve seule à Thame, mais je n’ai aucun moyen de la contacter… Peut-être qu’on se retrouvera en chemin demain !

Malgré la bonne humeur présente toute la journée et ma fierté d’être montée au Sunder Peak, ce soir, je ne me sens pas bien. J’ai eu si froid tout l’après-midi ! Je m’assois près du feu qui vient d’être allumé, mais ça ne fait qu’empirer mon état. Je commence à voir flou et un gros mal de crâne s’installe progressivement.

Pourquoi ? Pourquoi maintenant ?

Ça m’inquiète. Je n’ai clairement pas envie d’abandonner ! Pas après être montée jusqu’au Sunder Peak ! La nourriture au Sunshine n’aide en rien. Elle est tout simplement mauvaise.
Tout cela fait que je me mets à penser à des choses horribles dans ma tête ! À mon anniversaire qui approche et au fait que je vais devoir oublier les délicieux gâteaux de mon père ou ce qu’on achète dans les pâtisseries. Je pense au Vanuatu, une de mes prochaines destinations, à la chaleur, à la plage… Et puis d’un coup, la solitude me pèse tellement !
J’ai envie d’être chez moi, avec mes proches, à des kilomètres de ce lodge glacial où il n’y a personne, loin de ce guide que je n’apprécie pas. J’ai les larmes qui me montent aux yeux.
Je trouve aussi que le trek est éprouvant. En fait, non. Le chemin en soi n’est pas compliqué. Oui, il y a beaucoup de dénivelés positifs, mais en y allant à son rythme, c’est toujours faisable ! Ce que je trouve difficile, c’est mon sac. C’est ces 16 kilos qui me pèsent. C’est cette épaule qui me fait tellement mal !
Mais s’il n’y avait pas ça, ce sac, ce serait trop facile. Ce ne serait plus un challenge.
Non ?
Je ne sais pas… Avoir ce sac m’angoisse. Puisqu’il rend chaque étape difficile, chaque étape me fait peur.

À quel point ça va être dur aujourd’hui ? À quel point ça va être douloureux ?

L’appréhension est là. Et « tragédie à l’Everest » n’améliore pas les choses. C’est un bon livre, mais il n’a rien de chaleureux. J’abandonne la lecture. Je le finirais quand je serais à la plage.

Au moment où je suis en train de penser que je n’aurais jamais pu faire l’ascension du Sunder Peak avec mon sac, Mohan m’annonce que le passage du Renjo La ressemblera un peu à ce qu’on a fait aujourd’hui.

Bon. Eh bien finalement. Je vais bien devoir le faire avec ce truc sur le dos !

Comme toujours, j’ai peur de ne pas réussir. Si je ne réussis pas cela, je le vois dans ma tête comme un si gros échec !

Pourquoi ? Pourquoi je n’arrive pas à changer d’angle ? Pourquoi cette peur de ne pas réussir ?

En tout cas, ce soir, je décide qu’il faut que je garde le mental que j’ai eu aujourd’hui pour le Sunder Peak jusqu’au bout du trek.

Tu le veux, tu l’auras Anya.

yak nepal

Premier record pour moi en atteignant les 5300 mètres d’altitude. Mais le plus dur reste à venir…

Et justement, pour lire la suite de l’aventure, il suffit de cliquer là.

LA VIDÉO