Après un 7ème jour de trek difficile, ma randonnée au Népal prend une toute autre tournure.

Questionnements, flash-back, douleurs, acceptation…

Parfois, il est bon d’écouter son corps et non seulement son mental.

TREK JOUR 8 — MARDI 31 OCTOBRE | DZONGLHA (4830 m) — LOBUCHE (4920 m) — GORAKSHEP (5140 m)

Déambulation entre les montagnes.

Je n’ai jamais été aussi heureuse de me lever à 7 h.
J’ai l’impression d’avoir fait la grasse matinée.
Se réveiller alors que le soleil est déjà présent fait un bien fou. Et ça fait du coup bien moins peur de sortir de son sac de couchage dans ces conditions-là, même s’il fait, bien sûr, toujours aussi froid et que la lumière n’est qu’une illusion de chaleur.

Aujourd’hui, je marche souvent toute seule. Laurène est assez loin derrière moi pendant un bout de temps.
Et vous savez quoi, je prends vraiment plaisir à marcher ce matin. Il y a quelques montées, mais la plupart de temps, j’avance sur un chemin en balcon sur la montagne. Je croise un magnifique lac turquoise surplombé par le même sommet qui m’impressionnait hier, mais que je peux, à présent, voir d’encore plus près.

Il y a de plus en plus de porteurs. Et c’est normal, parce qu’à partir de maintenant, le trek des trois hauts cols rejoint le circuit classique pour aller au camp de base de l’Everest. C’est bien plus fréquenté et je n’ai aucune peur de marcher toute seule. Je sens qu’il y a du monde, pas loin.
Les yaks aussi sont revenus. Ça faisait depuis Thame que je n’en avais pas vu !

Il fait bon. Ni trop chaud, ni trop froid. C’est parfait. Enfin… Ça pourrait être parfait si je n’étais pas autant fatiguée.

J’arrive au village de Lobuche avec peine. Laurène est passé devant moi depuis quelque temps et s’est installée dans un refuge pour y prendre son déjeuner. Pour moi, il est encore trop tôt. Je préfère manger mon Snickers et attendre pour déguster mon repas à Gorak Shep.

Je sens que je suis sur un trek bien plus touristique. Ça se voit à la qualité des lodges. Encore une fois, j’ai l’impression d’être au ski, dans les Alpes. Rien à voir avec les chalets miteux, froids et très vieux de Thame ou Lungden !

Village de Lobuche

Quand on repart, j’essaie de régler mon sac un peu différemment pour que ça blesse le moins possible mon épaule… mais le mal est déjà fait. Je grimace souvent de douleur. Ça devient intenable.

Les nuages se lèvent. Je croise beaucoup de gros groupes de marcheurs qui vont dans les deux sens. Mais là, encore, peu de personnes portent leur sac. Tout le long du trek, j’en aurais rencontré très peu finalement.

C’est beaucoup de caillasses durant cette deuxième partie. Je longe pendant des heures un immense glacier. C’est impressionnant de voir toutes ces failles de glaces d’un bleu transparent. Lors des montées, je me motive en me disant que si le gros troupeau de yaks y arrive, moi aussi je peux le faire !

Je croise de plus en plus de Yaks et de randonneurs

Mais depuis ce matin, même si le chemin n’est absolument pas difficile, même s’il y a beaucoup de plat, j’ai du mal à avancer. Je suis si faible. Je me déplace lentement. Je titube souvent… J’ai l’impression qu’à chaque pas, j’ai à soulever 10 tonnes !
Je ne me reconnais pas. Moi qui d’habitude cours presque sur ce genre de chemins… Je suis à des années-lumière de mon rythme habituel.

C’est une délivrance d’arriver à Gorak Shep.
Par contre, le lodge dans lequel on dors est ultra bruyant. Il y a tant de monde que c’est difficile de se trouver une place dans la salle commune. On est serré les uns contre les autres et les gérants sont très désagréables… On se regarde avec Laurène, l’air désespéré.

C’est quoi ce lodge pourri ?

La fenêtre de notre chambre donne sur un mur. Elle est sous la surface du sol. Depuis le début du trek, on rigole souvent de nos chambres qui ressemblent plus à des boîtes qu’autre chose.

Cette fois, on a vraiment la sensation d’être dans un cercueil !

Je passe l’après-midi à lire. À vrai dire, je n’ai même pas la force d’écrire. Je suis essoufflée, alors que je suis au repos, ce qui n’est pas très bon signe. À 20 h, je suis couchée. Je me dis qu’avec une bonne nuit de sommeil, ça devrait aller mieux. C’est juste le contrecoup de ma journée d’hier.

Arrivée à Gorak Shep dans le brouillard

Traversée du glacier avant d’arriver à Gorak Shep

TREK JOUR 9 — MERCREDI 1ER NOVEMBRE | GORAK SHEP (5100 m) — KATMANDOU (1400 m)

Au revoir, Everest.

Hier, avec Laurène, on a décidé qu’on n’allait pas se lever à 4 h pour commencer l’ascension du Kala patthar, ascension offrant apparemment un des plus beaux points de vue sur l’Everest. On nous a prévenues qu’il faisait très froid et on ne voulait pas risquer un nouvel épisode « Anya meurt toute bleue dans son sac de couchage. »
Je me lève donc tranquillement à 7 h après une nuit agitée durant laquelle je me suis souvent réveillée avec la sensation de ne plus respirer.

Pour rejoindre le début de l’ascension, il y a quelques dizaines de mètres à faire sur le plat. Déjà, là, je marche avec difficulté.

C’est du plat ! Non, mais qu’est-ce qu’il m’arrive ?!

J’essaie de ne pas faire trop attention à mon état et continuer à avancer. Je monte sans m’arrêter jusqu’à apercevoir l’Everest. Je laisse passer Laurène devant moi, fais une petite pause et reprends.
À chaque pas, j’ai un flash. À chaque pas, je ressens la douleur du froid. À chaque pas, je me revois dans mon sac de couchage, tremblante, à chaque fois, je repense au fait que je me suis vu mourir, il y a 2 jours, sous le col de Cho La.
J’ai une boule dans la gorge. J’ai mal au ventre. J’ai un truc lourd dans la poitrine.
Alors je pose mon petit sac et m’assois sur un rocher, juste en face de l’Everest. De là où je suis, il n’est pas du tout impressionnant. Il paraît même plus petit que les autres sommets.
Je me tourne et lève la tête. J’aperçois les drapeaux qui indiquent le point d’arrivée. Je vois plein de gens là-bas.
Beaucoup de personnes me dépassent. Je les regarde, les salue.
Et puis je reste un moment à contempler l’Everest et les montagnes qui m’entourent.

Je suis calme. Même si je sens que mon état empire, que ma tête tourne, que mon souffle ne revient pas, que mes jambes ne me portent plus, que mon épaule me lance, que la nausée arrive. Je suis calme et je souris doucement parce que je viens juste d’accepter, avec indulgence, que mon trek se termine ici.
Depuis le début, je dépasse mes limites. Mais, là, je suis allée trop loin. Pour continuer à monter jusqu’au col de Cho La, j’ai dû puiser dans toutes mes ressources, j’ai dû utiliser toute l’énergie que mon corps possédait. Hier, j’ai poussé un peu plus grâce au mental.
Aujourd’hui, je ne peux pas faire plus.
Je sens que ça en devient dangereux. Je sens que j’ai déjà assez donné.

En fait, je n’ai surtout plus rien à donner.
Je suis triste. Mais j’accepte. Il le faut, de toute façon.

Je ferme les yeux, respire profondément l’air et profite une dernière fois du vent qui souffle doucement sur mon visage.

Dernier moment avec l’Everest

Quelques heures plus tard, un hélicoptère vient me chercher à Gorak Shep. Au moment de monter dedans, j’explose en larmes dans les bras de Laurène qui a tenu à m’accompagner jusqu’à la fin. Je suis tellement triste de partir.
Et jusqu’à Katmandou, je n’arrive pas à arrêter mes pleurs. Ça coule et ça coule sur mes joues. Je regarde défiler le paysage depuis le ciel. Ce paysage montagneux qui m’a donné, en quelques jours, de grandes leçons.

Une ambulance vient me chercher à l’aéroport de Katmandou pour m’emmener à l’hôpital. Je suis si faible que marcher m’est devenu quasi impossible.
Le moindre geste m’épuise.
À l’hôpital, on me fait savoir que je suis totalement déshydratée et que j’ai une grosse pharyngite. Ça ne devait pas aider, ça.

Pendant des heures, je ne parle pas. Je suis sur mon lit, les yeux ouverts fixant le vide. J’ai le cœur qui me pèse.

À l’heure qu’il est, Laurène est sûrement au camp de base de l’Everest, a à peine plus d’une heure de Gorak Shep.

Demain, c’est mon anniversaire. J’aurais 22 ans. Je devais célébrer ça au camp de base. Mais finalement, je le fêterais, toute seule, à l’hôpital…

Là, je sais vraiment ce que veut dire le mot : solitude.

Solitude à l’hôpital de Katmandou

Et c’est ainsi que s’achève toute mon aventure sur ce trek des 3 hauts cols au Népal. 9 jours bouleversants, forts, difficiles, qui me marqueront pendant bien longtemps. Mais surtout 9 jours emplis d’apprentissage, de prise de conscience et de nombreux pas vers une meilleure connaissance de moi-même.

Comme le disait si bien Nelson Mandela,  » je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. »

Et aujourd’hui, malgré un retour brusque à la réalité de Katmandou et de nombreuses péripéties durant ces 9 jours, c’est le positif que je choisis de (re)garder.

Et vous ? Racontez-moi ? Avez-vous vécu un trek difficile également ? Avez-vous envie de vous lancer sur le trek des 3 hauts cols au Népal ? N’hésitez pas à me donner vos retours, ils sont toujours d’une grande aide pour me permettre d’avancer !

Bientôt, retrouvez tous mes conseils pratiques pour effectuer le trek des 3 hauts cols ainsi que mon équipement de montagne au Népal ! À très vite !

LA VIDÉO